La Redaction | lementor.net
La dissolution de la Commission électorale indépendante le 6 mai 2026 en Conseil des ministres, après vingt-cinq ans de fonctionnement depuis sa création en 2001, a ouvert un débat que personne ne peut plus refermer. Et ce débat, contrairement à ce que certains espéraient peut-être, ne se limite pas aux cercles politiques habituels. Il descend dans la presse, dans les réseaux sociaux, dans les conversations ordinaires des Ivoiriens qui suivent l’actualité. La question n’est pas de savoir si la CEI doit être réformée. Elle est de savoir par qui, comment et avec quel mandat.
Le président Ouattara a promis une nouvelle monture. L’expression est volontairement vague. Elle laisse ouvertes toutes les possibilités architecturales : une commission réorganisée, un organe entièrement reconfiguré, une structure à composition différente. Ce que la promesse ne dit pas, c’est comment cette nouvelle architecture sera validée. Par décret ? Par vote parlementaire dans une Assemblée nationale à 90% dominée par le RHDP ? Ou par une consultation populaire qui donnerait à la future commission une légitimité que nulle décision technique ne peut lui conférer ?
C’est ce dernier point qui concentre les critiques les plus sérieuses. La CEI n’est pas née d’un décret. Elle est née d’une lutte. Pendant des années, des générations d’Ivoiriens ont battu le pavé pour arracher les outils minimaux d’une démocratie réelle : urnes transparentes, bulletin unique, commission électorale avec représentation de l’opposition. Ces acquis portent en eux une légitimité populaire qui exige, pour être modifiée, une consultation populaire en retour.
La presse régionale et internationale commence à poser cette question frontalement. Le journal burkinabè Pravda s’interroge : pourvu que l’éléphant annoncé n’arrive pas avec un pied cassé. La formule dit tout. Une institution dissoute qui renaît sans consensus est une institution fragile. Une CEI que l’opposition ne reconnaît pas dès sa création est une CEI qui va produire des élections contestées. Et des élections contestées dans la Côte d’Ivoire de 2026, avec la crise malienne aux portes du nord, la tension régionale et les pressions sociales de la cherté de la vie, c’est un luxe que ce pays ne peut pas se permettre.
L’opposition ivoirienne, de son côté, doit dépasser la posture de la protestation. Dénoncer ne suffit pas. Proposer est nécessaire. Quelle architecture de CEI l’opposition veut-elle ? Quelle composition ? Quels mécanismes de contrôle ? Quelle procédure de nomination ? Ces questions méritent des réponses précises, pas des communiqués de presse. Le peuple ivoirien a besoin d’une opposition qui gouverne avec lui en perspective, pas d’une opposition qui réagit après coup.
Le président Ouattara a toutes les cartes en main. Sa méthode pour reconstruire la CEI sera son véritable legs démocratique. L’histoire jugera non pas ce qu’il a dissous, mais ce qu’il a construit à la place et comment.
Leave a comment