CB | lementor.net
Ce mercredi 6 mai 2026, Assimi Goïta a officialisé la nomination du général Élisée Jean Dao au poste de Chef d’État-Major Général des Armées maliennes. Élevé simultanément au grade de général de division, l’officier succède au général Oumar Diarra, lui-même promu ministre délégué auprès du ministre de la Défense le 4 mai, après qu’Assimi Goïta a pris personnellement en charge le portefeuille de la Défense suite à la mort du général Sadio Camara le 25 avril.
En dix jours, le sommet de la hiérarchie militaire malienne a été entièrement reconfiguré. Le ministre de la Défense est mort dans sa résidence détruite par un kamikaze. Son successeur est le président lui-même. Le chef d’état-major a été promu ministre délégué. Et c’est désormais Élisée Jean Dao qui tient le bâton de commandement des Forces armées maliennes à un moment où celles-ci font face à la crise sécuritaire la plus grave depuis 2012.
Qui est Élisée Jean Dao ? C’est la question que beaucoup se posent ce matin à Bamako. Son parcours est celui d’un officier formé dans les académies militaires maliennes, sorti de l’École de formation des officiers de Koulikoro en 1996 avec le grade de sous-lieutenant d’infanterie. Il a gravé son parcours dans les opérations de terrain, participant à plusieurs batailles majeures contre les groupes jihadistes dans le nord et le centre du Mali au cours des quinze dernières années. Il connaît donc le terrain au sens le plus littéral du terme, une qualité que les événements récents rendent particulièrement précieuse.
Sa nomination au poste d’État-Major général adjoint en octobre 2025, lors d’un remaniement du haut commandement présenté à l’époque par les observateurs comme une manœuvre d’équilibre au sein de la junte, avait révélé ses appartenances internes. Le Matin d’Algérie le décrivait alors comme réputé proche du ministre de la Défense, le général Sadio Camara. Ce lien avec Camara, l’homme qui avait construit le partenariat avec la Russie et qui avait tenu l’armée malienne d’une main de fer, n’est pas anodin. Il dit quelque chose sur la continuité de doctrine que Goïta cherche probablement à maintenir en nommant un homme de l’entourage de son ancien ministre.
La nominaton de Dao intervient dans un contexte opérationnel d’une extrême complexité. Les Forces armées maliennes et Africa Corps ont conduit plusieurs opérations conjointes dans les régions de Niono et de Sévaré depuis les attaques du 25 avril, avec des résultats militaires mitigés. Les villes de Kidal, Tessalit et Aguel’hoc restent sous le contrôle du FLA et du JNIM. Les soldats maliens capturés à Kidal n’ont pas encore été libérés. Les axes d’approvisionnement vers le nord demeurent sous pression jihadiste. Et les purges en cours dans les rangs de l’armée, suite à la découverte de complices présumés des attaques du 25 avril, fragilisent temporairement la cohésion des unités.
C’est dans ce contexte que le général Dao doit prendre ses fonctions. Sa première mission ne sera pas de planifier une grande offensive de reconquête. Elle sera de stabiliser une chaîne de commandement décapitée, de restaurer la confiance au sein d’une armée traumatisée par la mort de son ministre et la prise de plusieurs villes stratégiques, et de coordonner avec Africa Corps des opérations qui exigent une synchronisation rigoureuse.
La réorganisation du haut commandement malien dit enfin quelque chose sur la manière dont Goïta gère la crise. En cumulant la présidence et le portefeuille de la Défense, il centralise tous les leviers du pouvoir militaire entre ses mains. En nommant Oumar Diarra comme ministre délégué et Dao comme chef d’état-major, il reconstruit une architecture de commandement qu’il contrôle personnellement à chaque niveau. C’est la réponse d’un homme qui a survécu à la tentative de déstabilisation la plus sérieuse de sa carrière et qui choisit de répondre non pas par la négociation mais par la concentration du pouvoir.
Si cette stratégie est la bonne pour reconstruire les Forces armées maliennes dans les mois qui viennent, l’histoire le dira. Le général Dao, lui, n’a pas de temps pour attendre ce verdict. Il est déjà au travail.
Leave a comment