La rédaction | Lementor.net
Ce lundi 4 mai 2026, au Grand Hôtel du Plateau, 90 personnes se sont retrouvées autour d’une table avec un seul objectif : apprendre à faire tenir les responsables de crimes pour ce qu’ils sont. Magistrats, avocats, militaires, membres de la société civile venus de plusieurs pays d’Afrique. Une semaine de formation intensive en droit international pénal et en droit international humanitaire. La dixième édition de cette session internationale délocalisée, organisée depuis dix ans en partenariat entre la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté et la Fondation René Cassin.
Dix ans. Ce chiffre mérite d’être dit clairement. Abidjan accueille cette formation depuis une décennie. Ce n’est pas une coïncidence géographique. C’est le résultat d’un positionnement assumé de la Côte d’Ivoire comme pôle régional en matière de droits humains, une réputation que le pays a construite par la ratification progressive des instruments internationaux, par la coopération avec les juridictions pénales internationales, et par une tradition d’accueil des institutions africaines et multilatérales qui font d’Abidjan leur base opérationnelle.
Ce que cette session apporte va bien au-delà de la théorie juridique. Les thématiques abordées sont concrètes et urgentes : comment qualifier un crime de guerre ? Comment documenter une violation des droits humains de façon à ce que cette documentation tienne devant un tribunal international ? Comment coopérer avec la Cour pénale internationale ou d’autres juridictions supranationales ? Ces questions ne sont pas académiques. Elles se posent aujourd’hui au Mali, au Soudan, en RDC, au Burkina Faso. Elles se poseront demain dans d’autres pays. Et les 90 participants qui repartent d’Abidjan avec ces outils en main auront la capacité de les appliquer là où elles seront le plus nécessaires.
La représentante de la Fondation Friedrich Naumann, Alexandra Heldt, a posé un principe que la semaine entière s’emploiera à concrétiser : aucun statut ni aucune fonction ne saurait constituer une protection face à la justice internationale. Pas un général. Pas un ministre. Pas un président. Ce principe, énoncé dans une salle de conférence à Abidjan, résonne différemment quand on sait que la ville se trouve à quelques centaines de kilomètres d’un pays dont le ministre de la Défense vient d’être tué, dont le chef du renseignement est décédé, dont des officiers sont arrêtés pour complicité présumée avec des groupes terroristes. La justice internationale ne s’improvise pas au lendemain d’une crise. Elle se prépare, elle se forme, elle se construit.
Le directeur de cabinet du ministre de la Justice, Bernard Kouamé, a dit quelque chose d’important en ouvrant les travaux. Beaucoup de violations des droits humains résultent non pas d’une mauvaise volonté délibérée mais d’une méconnaissance des règles fondamentales du droit international. Ce constat est lucide. Il dit que la formation n’est pas seulement un outil de sanction — c’est un outil de prévention. Un militaire qui sait ce que le droit international humanitaire interdit est moins susceptible de le violer qu’un militaire qui ne le sait pas. Une société civile formée à documenter les violations est plus efficace qu’une société civile indignée mais impuissante.
Le PNUD, le CNDH et l’ambassade de Corée accompagnent cette initiative. Cette diversité de partenaires dit quelque chose sur ce que représente cette formation — elle n’est pas l’apanage d’un bloc idéologique ou géopolitique. Elle est portée par des institutions qui partagent une conviction commune : que l’impunité est un problème universel et que la former contre elle est une responsabilité partagée.
La Côte d’Ivoire n’est pas parfaite dans son propre bilan de droits humains. Les rapports d’Amnesty International le documentent chaque année. Mais un pays qui accueille depuis dix ans consécutifs une formation internationale sur la lutte contre l’impunité, qui met ses infrastructures et ses institutions au service de cette ambition, qui attire 90 professionnels du droit venus de tout le continent pour apprendre ensemble comment tenir les coupables responsables de leurs actes — ce pays dit quelque chose d’important sur sa trajectoire.
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