Par La Rédaction | Lementor.net
Dans la politique ivoirienne, les rumeurs ont toujours une valeur informationnelle. Elles ne disent pas nécessairement ce qui va se passer. Mais elles disent toujours ce que certains souhaitent, ce que d’autres craignent, et ce que les états-majors des partis cherchent à signaler sans s’engager explicitement. Les rumeurs persistantes de rapprochement entre le PDCI-RDA et le RHDP qui circulent ces dernières semaines dans les couloirs politiques ivoiriens appartiennent à cette catégorie. Elles méritent d’être lues avec toute la prudence que ce genre d’information exige, mais aussi avec toute l’attention qu’elles méritent.
Le PDCI de Tidjane Thiam sort d’une présidentielle difficile. Sa candidature a été invalidée par le Conseil constitutionnel. Le parti a obtenu 32 sièges aux législatives de décembre 2025, un résultat honorable pour un parti d’opposition mais insuffisant pour peser véritablement dans une Assemblée nationale dominée à 77 % par le RHDP. Son président est toujours à l’étranger, sans que les garanties judiciaires exigées par le parti pour son retour à Abidjan n’aient été formellement accordées. Et en interne, des tensions persistent entre différentes sensibilités sur la ligne politique à adopter face au pouvoir.
Dans ce contexte, les rumeurs de rapprochement avec le RHDP font immédiatement grincer des dents dans les rangs du parti. Pour les militants qui ont résisté pendant quatorze ans aux tentatives d’absorption du PDCI dans la logique de la majorité présidentielle, voir leur parti renouer avec le RHDP serait vécu comme une capitulation, une trahison des valeurs et de l’indépendance qui fondent son identité historique. Le PDCI est le plus vieux parti politique de Côte d’Ivoire. Il a gouverné le pays pendant quarante ans. Fusionner avec le RHDP ou en devenir un satellite serait la négation de cette histoire.
Mais la logique politique peut pousser dans l’autre sens. Un PDCI affaibli, dont le président est absent, dont les élus sont trop peu nombreux pour peser sur les décisions de l’Assemblée, et dont la base militante s’érode face au dynamisme du RHDP dans les régions, peut trouver intérêt à se rapprocher du pouvoir pour exister dans le jeu institutionnel. Ce calcul est rationnel à court terme. Il est suicidaire à long terme, car un parti d’opposition qui se rapproche du pouvoir sans contrepartie majeure perd son identité et finit par disparaître dans l’orbite du parti dominant.
Ce que les instances dirigeantes du PDCI feront dans les semaines qui précèdent l’AGE du RHDP du 12 septembre sera révélateur de l’orientation réelle du parti. Un PDCI qui envoie des signaux de rapprochement dit implicitement qu’il n’a plus les moyens de se battre seul. Un PDCI qui maintient sa ligne d’opposition dit qu’il parie sur 2030 plutôt que sur les arrangements du moment. Le choix entre ces deux options engage l’avenir du plus ancien parti ivoirien pour les prochaines années.
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