Par La Rédaction | Lementor.net
Ce lundi 22 juin 2026, pendant que le pays regardait ailleurs, Robert Beugré Mambé a fait quelque chose d’utile. Il a réuni les partis politiques et la société civile pour poser les bases d’une réforme électorale que la Côte d’Ivoire attendait depuis des années.
La CEI a été dissoute le 6 mai. Ce n’était pas une surprise. C’était une nécessité. Vingt-cinq ans d’une institution dont la crédibilité était contestée à chaque élection, par les perdants d’abord, mais aussi par des observateurs dont la bonne foi était difficilement contestable. La dissolution était la décision facile. Ce qui vient après est la décision difficile.
Ce que Beugré Mambé a présenté ce lundi, c’est une architecture en trois organes aux missions clairement séparées. Le premier est chargé de l’organisation matérielle du scrutin : la logistique, les bureaux de vote, le matériel électoral, le déploiement des agents sur le terrain. Le deuxième est dédié au recensement et à la compilation des votes : il reçoit les procès-verbaux des bureaux de vote, centralise les résultats et produit les chiffres officiels. Le troisième est investi d’une mission de supervision et de contrôle de l’ensemble du processus : il vérifie que les deux premiers fonctionnent correctement, que les règles sont respectées et que le déroulement est conforme à la loi.
Ce découpage tripartite rompt avec la logique de l’ancienne CEI où ces trois fonctions étaient imbriquées dans une même structure. La séparation des rôles vise à éviter qu’un seul organe concentre à la fois l’organisation, le comptage et le contrôle, ce qui créait mécaniquement le soupçon que celui qui organise peut aussi influencer ce qu’il est censé contrôler. C’est le principal défaut structurel que la nouvelle architecture entend corriger.
Cinq garanties ont été énoncées par le Premier ministre : rigueur dans l’organisation, sincérité du comptage, traçabilité des procès-verbaux depuis les bureaux de vote jusqu’aux centres de centralisation, transparence de la proclamation des résultats et neutralité des organes. Ces cinq mots sont les cinq blessures historiques du processus électoral ivoirien. Les nommer clairement comme objectifs est déjà un aveu lucide du chemin qui reste à parcourir.
La modernisation technologique est également au programme. Le gouvernement envisage des outils numériques pour l’inscription des électeurs, la vérification des données d’identité, la géolocalisation des bureaux de vote, la formation à distance des agents électoraux et la transmission rapide des résultats. Dans un pays où la contestation des chiffres a été le détonateur de plusieurs crises politiques majeures, cette numérisation n’est pas un détail : c’est un levier de confiance.
La réaction de l’opposition, mesurée et prudente, est la seule raisonnable. Assalé Tiémoko de l’ADCI a pris acte, noté positivement que la voie unique du ministère de l’Intérieur serait désormais écartée, et réservé son jugement sur le reste. C’est exactement ce que devrait faire une opposition sérieuse : ne pas valider prématurément une annonce dont les détails font toute la différence.
Car les détails sont tout. Qui compose ces trois organes ? Qui les nomme ? Avec quels critères d’indépendance et quelles garanties contre les pressions politiques ? Une réforme qui change les noms sans changer les mécanismes de désignation est une réforme cosmétique. Une réforme qui crée des organes réellement indépendants avec des procédures transparentes peut changer durablement le rapport des Ivoiriens à leurs élections.
La Côte d’Ivoire a une fenêtre. Les scrutins de 2027 approchent. Le nouveau dispositif doit être opérationnel et crédible bien avant. Le temps presse. Mais la précipitation serait aussi dangereuse que l’immobilisme. Ce chantier mérite d’être conduit avec le sérieux que son objet exige : redonner aux Ivoiriens confiance dans le fait que leur vote compte, qu’il est respecté et que le résultat reflète leur choix. C’est simple à énoncer. C’est difficile à réaliser. Mais c’est la condition de tout le reste.
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