Par La rédaction | Lementor.net
La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de lutte contre les violences basées sur le genre. Les données officielles publiées récemment par le gouvernement sont à la fois un signal d’alarme sur l’ampleur du phénomène et un indicateur de la capacité croissante des institutions à identifier, recenser et prendre en charge les victimes. En 2025, 10 547 cas de violences basées sur le genre ont été enregistrés, et 9 607 cas ont été pris en charge en 2024. Ces chiffres, présentés par Namizata Fofana Binaté, conseillère technique chargée du Genre au sein du gouvernement, disent deux choses simultanément : le phénomène est massif, et le système de prise en charge progresse.
Les violences basées sur le genre, désignées sous l’acronyme VBG dans le vocabulaire institutionnel, regroupent un ensemble de violations des droits fondamentaux commises principalement, mais pas exclusivement, à l’encontre des femmes et des filles. Elles comprennent les violences physiques conjugales et familiales, les violences sexuelles incluant le viol conjugal et les agressions, les mariages forcés et précoces, les mutilations génitales féminines dans les régions où elles persistent, les violences économiques par privation des ressources, et les violences psychologiques. En Côte d’Ivoire, les données montrent que ces violences traversent toutes les couches sociales, toutes les régions géographiques et toutes les communautés culturelles, même si leur prévalence et leurs formes varient considérablement selon les contextes.
Ce que les chiffres publiés ne disent pas, et que les spécialistes des droits des femmes rappellent systématiquement, c’est que les cas enregistrés ne représentent qu’une fraction de la réalité. La sous-déclaration des VBG reste massive en Côte d’Ivoire, pour des raisons qui sont à la fois culturelles et pratiques. Culturellement, dans de nombreuses communautés, les violences conjugales sont encore perçues comme une affaire privée dans laquelle les institutions n’ont pas à s’immiscer, ou comme une réalité normale de la vie de couple que les femmes doivent endurer sans se plaindre. Pratiquement, les victimes qui voudraient dénoncer font face à des obstacles considérables : distance des centres de prise en charge dans les zones rurales, méfiance envers les forces de l’ordre, crainte des représailles de l’auteur des violences, pression familiale et communautaire pour le silence, et absence de ressources économiques propres qui rendrait possible une séparation.
La progression des cas enregistrés, loin d’être une mauvaise nouvelle, dit que les mécanismes de détection et de signalement s’améliorent. Quand davantage de femmes savent qu’elles peuvent parler, quand davantage de structures communautaires sont formées pour identifier les victimes et les orienter, quand davantage d’agents de santé, d’enseignants et de travailleurs sociaux sont capables de reconnaître les signes de violence et d’activer les filières de prise en charge, le nombre de cas enregistrés augmente non pas parce que les violences augmentent mais parce qu’elles deviennent visibles.
La Côte d’Ivoire s’est également distinguée sur le plan de l’égalité de genre à l’échelle régionale. Le rapport 2024 de l’Indice d’égalité de genre de la CEDEAO consacre le pays premier de l’espace communautaire. Cette reconnaissance dit que les politiques publiques en matière d’égalité de genre produisent des résultats comparativement meilleurs que dans les autres économies de la sous-région. Mais être premier d’une région encore largement en retard sur ces questions n’est pas une raison de se satisfaire. Les violences basées sur le genre restent une réalité quotidienne pour des milliers de femmes ivoiriennes qui méritent une protection effective et pas seulement des statistiques améliorées.
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