Par La rédaction | Lementor.net
Ce jeudi 25 juin 2026, au soir de la qualification historique des Éléphants pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde, Laurent Gbagbo a choisi de publier un communiqué de presse lançant ce qu’il appelle son Pacte social. La coïncidence de calendrier est peut-être fortuite. Elle est peut-être calculée. Dans les deux cas, elle dit quelque chose sur l’état d’esprit d’un homme politique qui refuse de laisser le football national occuper tout l’espace public sans que les questions de fond sur l’avenir de la Côte d’Ivoire ne soient posées.
Le Pacte social que Laurent Gbagbo propose est annoncé avec une promesse centrale : une nation où la justice prime. Cette formule, concise mais dense, est à la fois un programme politique et un acte d’accusation implicite. Elle dit que la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui n’est pas une nation où la justice prime. Elle dit que le projet du PPA-CI est de construire cette nation-là. Et elle renvoie inévitablement à l’histoire personnelle de Gbagbo lui-même, marquée par la détention à la Cour pénale internationale, par les procédures judiciaires ivoiriennes, par l’invalidation de sa candidature à la présidentielle d’octobre 2025 et par l’emprisonnement de plusieurs de ses proches collaborateurs.
Laurent Gbagbo sera face à la presse le mardi 30 juin 2026 à la Riviera-Attoban pour développer les enjeux de ce Pacte social. Cette conférence de presse est annoncée comme un moment de clarification sur sa vision pour la Côte d’Ivoire, sa stratégie politique pour les prochaines années et sa position sur les dossiers qui agitent la classe politique ivoirienne : la réforme électorale, la libération des prisonniers politiques, la réconciliation nationale et la préparation des échéances de 2027 et 2030.
La notion de Pacte social est intéressante dans le vocabulaire politique qu’elle mobilise. Elle renvoie à la tradition contractualiste de la philosophie politique, de Rousseau à Rawls, dans laquelle la légitimité d’un ordre politique repose sur un accord librement consenti entre les membres d’une société sur les principes qui les gouvernent. En utilisant ce terme, Gbagbo dit implicitement que le contrat social ivoirien actuel est rompu ou insuffisant, et qu’il propose de le reconstruire sur des bases différentes. Cette ambition réformatrice est celle qu’on attendait d’un homme qui a passé dix ans à La Haye et qui revient dans l’arène politique avec l’autorité morale de celui qui a subi sans se soumettre.
Ce qui reste à voir, et que la conférence de presse du 30 juin permettra partiellement d’évaluer, c’est le contenu concret de ce Pacte social. Une promesse de justice, si elle ne s’accompagne pas d’un programme précis sur les mécanismes institutionnels qui la rendraient possible, sur les réformes judiciaires qu’elle suppose et sur les conditions politiques dans lesquelles elle pourrait se réaliser, reste une déclaration d’intention. Et la Côte d’Ivoire a besoin de plus que des déclarations d’intention. Elle a besoin d’acteurs politiques capables de transformer leurs visions en propositions concrètes, négociables et réalisables dans le rapport de forces actuel.
Laurent Gbagbo reste l’une des figures les plus influentes du paysage politique ivoirien, même dans l’opposition et même avec les contraintes que sa situation judiciaire lui impose. Son Pacte social, si ses contours se précisent le 30 juin, sera l’un des documents politiques les plus importants de la saison politique ivoirienne en cours.
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