Par La Rédaction | Lementor.net
Mardi 30 juin 2026, Laurent Gbagbo sera face à la presse à la Riviera-Attoban. Ce rendez-vous, annoncé dans le communiqué qui lançait son Pacte social le 25 juin, est l’un des moments politiques les plus attendus de la séquence post-Mondiale. Le pays est encore dans l’euphorie de la qualification historique des Éléphants. La classe politique ivoirienne observe une trêve tacite que le football a imposée à tous depuis le 14 juin. Et dans cette parenthèse de sérénité collective, Gbagbo a choisi de prendre la parole. Le timing n’est pas innocent.
Ce que le Pacte social de Laurent Gbagbo recouvre exactement, personne ne le sait encore précisément. Le communiqué du 25 juin s’est limité à formuler une promesse centrale : une nation où la justice prime. Ces quatre mots sont à la fois un programme politique et un acte d’accusation implicite contre l’ordre politique actuel. Ils disent que la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui n’est pas encore cette nation où la justice prime. Et ils suggèrent que le projet du PPA-CI est de construire cette nation-là, selon des modalités que la conférence de presse du 30 juin devra préciser.
La notion de Pacte social convoque une tradition philosophique et politique précise. Depuis Rousseau jusqu’aux théories contemporaines de la justice de Rawls, le pacte social désigne l’accord fondateur par lequel les membres d’une société s’entendent sur les règles qui les gouvernent et sur la distribution des droits et des obligations qui en découle. En utilisant ce terme, Gbagbo dit implicitement que le contrat social ivoirien actuel est insuffisant, déséquilibré ou rompu, et qu’il propose de le refonder sur des bases différentes. C’est une ambition réformatrice d’une portée considérable, qui engage non seulement un programme politique pour 2027 et 2030, mais une vision de la société ivoirienne que Gbagbo veut incarner pour les années qui viennent.
Plusieurs questions concrètes attendent des réponses le 30 juin. La première est celle des prisonniers politiques. Damana Pickass, Moïse Lida Kouassi, Koné Boubacar, Blaise Lasm et les autres cadres du PPA-CI emprisonnés depuis la présidentielle d’octobre 2025 sont au cœur des préoccupations de la base militante du parti. Un Pacte social qui parle de justice sans traiter explicitement de leur sort sera perçu comme une esquive. La deuxième question est celle de la stratégie électorale du PPA-CI pour les municipales de 2027 et la présidentielle de 2030. Est-ce que Gbagbo envisage une candidature personnelle ? Une alliance avec d’autres forces de l’opposition ? Un soutien à un candidat désigné par le parti ? La troisième question, peut-être la plus fondamentale, est celle de sa position sur la réforme électorale en cours. Est-ce que le PPA-CI participera à la concertation sur le nouvel organe électoral, ou maintiendra-t-il la posture d’abstention symbolisée par son absence à la réunion du 22 juin ?
Ce qui donne à cette conférence de presse une portée qui dépasse le seul PPA-CI, c’est le fait que Laurent Gbagbo reste, à soixante-dix-neuf ans, l’une des figures les plus polarisantes et les plus influentes du paysage politique ivoirien. Sa parole a un poids que n’ont pas les autres leaders de l’opposition. Quand il parle de justice, des millions d’Ivoiriens qui se sentent exclus du récit de la croissance économique l’entendent. Quand il dit que la Côte d’Ivoire doit changer, des électeurs qui ont voté pour lui en 2010 et qui n’ont pas encore retrouvé un foyer politique stable après des années de turbulences y voient une promesse. Ce capital politique, fragilisé par les années de La Haye et les déconvenues de 2025, reste réel.
La conférence de presse du 30 juin dira si Gbagbo a les moyens de transformer ce capital en projet politique crédible pour la prochaine décennie. Elle dira aussi si le PPA-CI est un parti qui se prépare à gouverner ou un parti qui se prépare à survivre. Ces deux options ne se confondent pas, et la façon dont Gbagbo présentera son Pacte social dira laquelle des deux oriente réellement sa démarche.
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