Par La rédaction | Lementor.net
Un glissement de terrain survenu ce lundi 29 juin 2026 dans le quartier Mossikro, commune d’Attécoubé, a fait un bilan provisoire d’au moins 12 morts et cinq blessés après les fortes pluies qui s’abattent depuis deux jours sur le district autonome d’Abidjan. Plusieurs habitations se sont effondrées aux environs de 8 heures GMT après un éboulement provoqué par la saturation des sols en eau et l’érosion consécutive aux fortes précipitations.
Ce bilan est provisoire. Les équipes du Groupement des sapeurs-pompiers militaires sont sur place et poursuivent les opérations de recherche et de dégagement sous les décombres. D’autres victimes pourraient encore être découvertes.
Ce qui rend ce drame particulièrement insupportable, c’est qu’il était prévisible. Pas dans sa date précise. Mais dans sa logique profonde. Le District autonome d’Abidjan recense 176 sites classés à risque. Attécoubé seule compte 14 sites à risque, dont Mossikro explicitement répertorié pour les glissements de terrain. Mossikro est un nom qui revient dans les annales des catastrophes abidjanaises avec une régularité macabre. En juin 2022 déjà, un éboulement au même endroit avait fait six morts. En 2016, des morts. En 2020, des morts. Le quartier est régulièrement frappé depuis des années. Et pourtant les habitations précaires construites sur ces pentes instables sont toujours là. Les familles qui les occupaient sont toujours là. Parce qu’elles n’ont nulle part d’autre où aller.
La SODEXAM avait placé plusieurs communes d’Abidjan en vigilance orange ce lundi matin en raison de pluies fortes entraînant des risques d’inondation. Les pluies diluviennes s’abattent sur la capitale économique depuis la nuit du dimanche 28 juin. Les inondations ont touché Cocody, Koumassi, Adjamé, Marcory, Yopougon, Port-Bouët, Songon et Bingerville. Des véhicules et des piétons se sont retrouvés bloqués par la montée des eaux notamment au carrefour 9 kilos dans le quartier de la Riviera. La situation était similaire à Koumassi, Marcory et Treichville, où plusieurs secteurs ont été inondés, contraignant des habitants à circuler les pieds dans l’eau.
La dimension historique de ce drame mérite d’être posée avec toute la clarté qu’elle exige. En 2023, les pluies diluviennes avaient causé 30 morts dont 17 dans la seule ville d’Abidjan. En 2022, 61 victimes après une pluie torrentielle. En 2024, 24 morts selon l’ONPC avec 16 010 personnes sinistrées. Et aujourd’hui, au moins 12 morts à Mossikro. Chaque année, les mêmes quartiers, les mêmes pentes instables, les mêmes familles sans alternative, les mêmes morts. Ce n’est plus une catastrophe naturelle. C’est une catastrophe institutionnelle.
Les causes sont documentées : entre 64 % et 97 % des surfaces inondées à Abidjan lors des épisodes pluvieux sont des espaces d’habitation. L’urbanisation anarchique, les constructions sur zones inondables, l’obstruction des caniveaux par les déchets et les murs de soutènement mal construits sont les facteurs principaux.
Le gouvernement mène depuis plusieurs années des travaux d’aménagement et de drainage urbain. Le PARU, Projet d’assainissement et de résilience urbaine, a été lancé en 2022 à Abobo. Des déguerpissements de zones à risque sont conduits chaque début de saison des pluies. Ces efforts existent. Ils sont insuffisants face à l’ampleur d’une ville de cinq millions d’habitants qui a crû sans plan, sans règle respectée, sans que les zones inconstructibles ne soient jamais véritablement sanctuarisées.
Le PND 2026-2030, dont le groupe consultatif international se tient dans neuf jours à Abidjan, doit faire de la résilience urbaine un chantier prioritaire et non résiduel. Les 12 morts de Mossikro de ce lundi méritent au moins cela : que leur mort serve à construire enfin la volonté politique de régler durablement ce problème que tout le monde connaît, que personne ne résout et qui tue les mêmes familles chaque année depuis des décennies.
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