Par La Rédaction | Lementor.net
La Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO a publié le 7 juillet 2026 l’édition 2026 du West African Development Outlook, intitulée Turbulences lointaines, chocs familiers. Ce rapport annuel de référence dresse un tableau contrasté d’une région qui améliore ses agrégats macroéconomiques sans parvenir à transformer cette amélioration en bien-être pour ses populations.
L’Afrique de l’Ouest a connu un redressement macroéconomique significatif en 2025. Le PIB régional a progressé de 4,8 % contre 4,7 % en 2024. L’inflation moyenne a reculé de 25,3 % à 16,8 %. Le déficit budgétaire s’est réduit de 3,7 % à 2,6 % du PIB. La dette publique a diminué de 55,3 % à 49,3 % du PIB. Ces quatre indicateurs progressant simultanément dans le bon sens représentent le meilleur exercice macroéconomique de la sous-région depuis la pandémie.
Mais c’est là que le rapport dit sa vérité la plus dérangeante. Malgré ce redressement, la pauvreté des travailleurs s’est aggravée dans l’ensemble des pays ouest-africains, traduisant le caractère peu inclusif de la croissance observée en 2025. Ce paradoxe, une région qui croît et dont les travailleurs s’appauvrissent simultanément, est le défi structurel le plus profond de l’Afrique de l’Ouest contemporaine. Il dit que la croissance économique régionale bénéficie inégalement : elle profite aux acteurs du capital, aux exportateurs de matières premières, aux grandes entreprises formelles, mais ne se traduit pas encore en emplois productifs suffisamment rémunérateurs pour les millions de travailleurs informels et agricoles qui constituent l’essentiel de la population active.
Le président de la BIDC Dr George Agyekum Donkor appelle les États à aller au-delà des réponses conjoncturelles. Il est impératif, dit-il, de développer des capacités locales de raffinage du pétrole brut, de production d’engrais et de production alimentaire afin de garantir une souveraineté économique à moyen et à long terme. Cette prescription dit l’essentiel : tant que l’Afrique de l’Ouest exportera ses matières premières brutes et importera les produits transformés, la croissance restera au bénéfice de ceux qui transforment plutôt que de ceux qui produisent.
La croissance devrait se maintenir entre 4,7 % en 2026 et 4,9 % en 2027. Les risques identifiés comprennent les dérapages budgétaires, l’insécurité alimentaire, les pressions sur les taux de change, les coupures d’électricité et un éventuel regain de l’inflation. Le conflit au Moyen-Orient constitue le troisième choc mondial en six ans après la pandémie et la guerre en Ukraine, avec des effets similaires sur les prix de l’énergie, des engrais et des denrées alimentaires importées.
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