Par La Rédaction | Lementor.net
La controverse autour de la suspension annulée de l’attaquant américain Folarin Balogun a franchi le stade du débat sportif pour entrer dans celui de la politique institutionnelle européenne. Des députés européens demandent l’ouverture d’une enquête visant le président de la FIFA Gianni Infantino, afin de faire la lumière sur les circonstances ayant conduit à la levée de la sanction du joueur avant un huitième de finale de la Coupe du monde.
Les faits sont simples et connus. Le 1er juillet, Folarin Balogun écope d’un carton rouge lors du match États-Unis-Bosnie-Herzégovine. Selon les règles disciplinaires habituelles, cette exclusion entraîne automatiquement une suspension pour la rencontre suivante. Mais avant le match des États-Unis face à la Belgique, le comité disciplinaire de la FIFA annonce l’annulation de cette sanction. Balogun joue. Les États-Unis perdent quand même quatre buts à un. Mais la décision a déjà produit le scandale.
Ce qui aggrave considérablement la situation d’Infantino, c’est la déclaration de Donald Trump lui-même. Le président américain a reconnu avoir échangé avec le président de la FIFA au sujet du cas Balogun, estimant que l’expulsion du joueur était injustifiée. Il a nié avoir demandé une intervention. Mais la chronologie est là. Le président du pays hôte de la Coupe du monde contacte personnellement le président de la FIFA à propos d’un joueur suspendu de la sélection de ce même pays. Peu après, la suspension est annulée. Aucune règle disciplinaire de football ne prévoit ce type de procédure. Le comité disciplinaire ne peut pas annuler rétroactivement un carton rouge sauf s’il établit une erreur d’identification du joueur ou un fait manifeste d’erreur de l’arbitre, ce qui n’a pas été invoqué.
Les eurodéputés Barry Andrews, Lara Wolters et Niels Fuglsang, rejoints par au moins 35 parlementaires européens, demandent aux fédérations nationales européennes de solliciter des explications de la FIFA et d’engager une procédure d’examen. Ils dénoncent une possible remise en cause de l’équité sportive et évoquent une perversion de la justice sportive. L’UEFA a qualifié la décision d’inédite et d’injustifiable. La Fédération belge a formellement contesté la participation de Balogun à la rencontre, sans succès sur le moment mais avec une portée institutionnelle qui ira au-delà du simple match.
La FIFA défend sa position en affirmant que la décision a été prise par son comité disciplinaire indépendant et qu’aucune influence extérieure ne s’est exercée. Cette défense est juridiquement correcte dans sa forme. Elle est politiquement intenable dans son contenu dès lors que le président américain lui-même a publiquement reconnu avoir discuté du dossier avec Infantino. L’indépendance d’un organe disciplinaire ne se proclame pas. Elle se démontre par ses actes. Et un acte qui suit chronologiquement une conversation entre deux dirigeants politiques et sportifs sur le cas précis traité ne peut pas prétendre à l’indépendance par une simple déclaration.
Cette affaire met en lumière une vulnérabilité structurelle de la FIFA que les réformes de gouvernance engagées depuis 2016 n’ont pas entièrement corrigée. La concentration des pouvoirs autour du président, la dépendance financière de l’institution aux pays hôtes qui versent des milliards de dollars pour organiser les Coupes du monde, et les relations personnelles entre Infantino et les dirigeants politiques des grandes puissances sportives créent des conditions dans lesquelles l’indépendance des procédures disciplinaires est structurellement difficile à garantir, quelles que soient les bonnes intentions individuelles.
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