Par La Rédaction | Lementor.net
Ce samedi 11 juillet 2026, aux environs de 4 heures du matin, Bouaké a perdu l’un de ses symboles les plus anciens. Le célèbre fromager du quartier Habitat Nimbo, arbre centenaire qui avait traversé les décennies et les crises comme un repère immuable de la deuxième ville de Côte d’Ivoire, s’est déraciné dans la nuit, s’abattant sur des personnes qui se trouvaient en dessous. Le bilan provisoire fait état de trois morts et trois blessés graves, sous réserve de confirmation officielle par les autorités compétentes.
Ce n’est pas un arbre ordinaire qui est tombé cette nuit. Le fromager de Nimbo était un lieu de vie. De jour comme de nuit, il accueillait commerçants, passants, riverains et fêtards attirés par l’animation nocturne de ce quartier réputé d’Abidjan. Sa chute n’a donc pas surpris des passants fortuits. Elle a frappé des personnes qui considéraient cet espace comme le leur, qui y étaient venues comme on va dans un endroit familier et sûr, sans se douter que l’arbre qui les abritait depuis toujours était en train de mourir de l’intérieur.
Car les témoignages des habitants convergent sur un point : les signes précurseurs existaient. L’arbre avait été endommagé par un incendie dans le passé, un épisode qui avait fragilisé sa structure et affecté son enracinement sans que personne ne prenne la décision d’interdire son accès ou d’organiser son abattage contrôlé. Pendant des années, les habitants avaient continué à se rassembler à son ombre en sachant confusément que quelque chose n’allait pas, mais sans que l’institution chargée de la sécurité publique n’intervienne pour transformer cette connaissance diffuse en mesure concrète.
L’enquête que les autorités s’apprêtent à ouvrir devra répondre à deux questions. La première est technique : quelles sont les causes exactes de l’effondrement, et depuis combien de temps l’arbre était-il dans un état de dégradation irrémédiable ? La deuxième est institutionnelle : qui avait la responsabilité de surveiller l’état de ce fromager historique, et pourquoi cette responsabilité n’a-t-elle pas été exercée ? Ces questions ne sont pas formulées pour chercher un bouc émissaire. Elles le sont pour éviter que le prochain arbre centenaire d’une ville ivoirienne ne tue d’autres personnes dans les mêmes circonstances évitables.
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