Par La Rédaction | Lementor.net
Le 8 juin 2026, la commune de Bingerville a enregistré six morts lors de fortes pluies qui ont provoqué de graves inondations au niveau du pont du carrefour CME, Centre des Métiers de l’Électricité, sur la route principale de Bingerville. Des maisons ont été inondées, des familles endeuillées, et la ville s’est retrouvée une fois de plus coupée du reste du district d’Abidjan par la montée des eaux.
Le 3 juin, soit quelques jours avant ce drame, une délégation gouvernementale avait déjà effectué une visite sur les lieux après des pluies précédentes. Les ministres Amédé Koffi Kouakou de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité, Yacouba Hien Sié des Infrastructures et de l’Entretien routier, et Moussa Sanogo de l’Urbanisme, du Logement et du Cadre de vie, avaient posé leur diagnostic et annoncé des travaux d’urgence. Nous avons regardé, nous avons bien compris le problème, avait déclaré le ministre Amédé Kouakou. Nous avons donc donné des instructions à nos collaborateurs de sorte que des travaux à très court terme puissent être réalisés. Le ministre Hien Sié avait été plus précis encore : le traitement qui sera fait cette fois sera définitif pour qu’il n’y ait plus d’inondation dans cette zone. Il avait annoncé une interruption de trafic d’une à deux semaines avec déviation via le quartier Feh Kessé pour permettre l’exécution des travaux.
Ce que cette chronologie dit est important et doit être nommé clairement. Des ministres ont visité Bingerville le 3 juin, annoncé des travaux d’urgence à très court terme et une solution définitive. Cinq jours plus tard, le 8 juin, six personnes mouraient au même endroit. Le délai entre l’annonce et l’exécution effective des travaux a manifestement été insuffisant pour prévenir ce nouveau drame.
Les travaux annoncés s’inscrivent dans le cadre du projet de prolongement du canal primaire de drainage des eaux pluviales du site des logements sociaux de Bingerville jusqu’à son exutoire lagunaire. Ce projet existe. Ses premiers éléments sont visibles sur le terrain depuis 2023, avec environ deux kilomètres de canalisation déjà posés du village Santé jusqu’au carrefour CIE. Des dalots ont été livrés. Un barrage écrêteur de crue a été construit au niveau du site Promogim pour écrêter les eaux dans le bassin versant ouest de Bingerville. Ces investissements sont réels et documentés par les services de l’ONAD, Office national de l’assainissement et du drainage.
Mais les travaux hydrauliques et d’aménagement en amont n’avaient pas encore été finalisés au moment des précipitations de juin, a reconnu le ministre Hien Sié lui-même. C’est là l’aveu d’un décalage structurel entre le rythme des travaux et le rythme des pluies. Les saisons des pluies n’attendent pas la fin des chantiers. Et quand les ouvrages ne sont pas terminés, c’est la population qui paie de sa vie les conséquences de ce retard.
La question qui mérite d’être posée depuis lementor.net avec toute la clarté qu’elle exige est la suivante : en ce 12 juillet 2026, soit cinq semaines après les six morts de Bingerville et les annonces gouvernementales du 3 juin, où en sont ces travaux définitifs promis ? Le carrefour CME est-il sécurisé ? Le canal primaire de drainage a-t-il été prolongé jusqu’à son exutoire ? La déviation par Feh Kessé a-t-elle été mise en place pendant les travaux ? Ces questions ne sont pas posées pour mettre en difficulté le gouvernement. Elles sont posées parce que la saison des pluies continue, parce que les prévisions météorologiques de 2026 annoncent d’abondantes précipitations sur le littoral, et parce que Bingerville n’a pas les moyens d’attendre une septième mort pour que les travaux définitifs soient enfin livrés.
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