Par La Rédaction | Lementor.net
À Gaborone, capitale du Botswana, le jeudi 31 juillet 2026, le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie Mamadou Sangafowa-Coulibaly et la ministre botswanaise Bogolo Joy Kenewendo ont signé un protocole d’accord de coopération dans les domaines des mines et de l’énergie. Premier accord bilatéral entre les deux États dans ces secteurs. Un geste diplomatique qui dit quelque chose de précis sur la stratégie minière de la Côte d’Ivoire pour les prochaines années.
Le choix du Botswana n’est pas anodin et mérite d’être expliqué. Ce pays d’Afrique australe de 2,6 millions d’habitants est devenu en cinquante ans l’exemple africain le plus abouti de transformation d’une richesse minière en développement économique durable. En 1966, année de son indépendance, le Botswana était l’un des pays les plus pauvres de la planète. La découverte de diamants à Orapa en 1967 aurait pu en faire un État rentier qui dilapide ses ressources comme tant d’autres. Elle a produit autre chose : un modèle de gouvernance minière fondé sur la renégociation des contrats avec De Beers, la création de Debswana, joint-venture à parts égales entre l’État et le groupe diamantaire, puis la création de Diamond Trading Company Botswana qui a capturé une part croissante de la taille et du négoce des pierres sur le sol national. Résultat : le PIB par habitant du Botswana est le plus élevé d’Afrique subsaharienne en parité de pouvoir d’achat. Ce modèle est exactement ce que la Côte d’Ivoire veut reproduire avec ses propres ressources.
Le contexte ivoirien justifie pleinement cette démarche. Des découvertes importantes ont été annoncées sur plusieurs sites miniers : Koné dans le nord, Tanda-Iguela à l’est, Doropo dans le nord-est. Ces gisements d’or s’ajoutent aux perspectives ouvertes par le manganèse, le nickel, le lithium et le diamant dont les potentialités sont en cours d’évaluation. La production d’or brut ivoirienne est passée de 12,4 tonnes en 2011 à 59,1 tonnes en 2024. Endeavour Mining a injecté 1 710 milliards de FCFA dans l’économie ivoirienne entre 2021 et 2025. Ces chiffres disent que le secteur aurifère ivoirien est déjà significatif. Mais 100 % de l’or ivoirien est encore exporté sous forme brute ou semi-transformée. Aucune raffinerie d’or à normes internationales n’existe en Côte d’Ivoire. Le modèle botswanais dit précisément comment transformer cette réalité.
L’accord signé à Gaborone couvre la cartographie géologique, la prospection et l’exploration minières, le développement de la filière diamant, la valorisation des ressources aurifères et des minerais stratégiques ainsi que le renforcement des capacités techniques et institutionnelles. Deux missions techniques ont précédé cette signature : une délégation ivoirienne s’est rendue au Botswana pour explorer les possibilités de coopération, des experts botswanais ont effectué une mission en Côte d’Ivoire pour évaluer le potentiel minier. Ces allers-retours disent que l’accord n’est pas une déclaration d’intention. Il est le résultat de travaux préparatoires concrets qui ont identifié des projets précis à mettre en œuvre.
L’ambition affichée par Sangafowa-Coulibaly est claire : dépasser le stade de l’extraction des matières premières pour développer une industrie de transformation créatrice de valeur ajoutée, d’emplois qualifiés et d’opportunités pour les entreprises nationales. Cette ambition est au cœur du PND 2026-2030 et a été réaffirmée lors du Forum ministériel africain sur les minéraux critiques des 10 et 11 juillet à Abidjan. L’accord avec le Botswana est l’un des instruments opérationnels qui donneront un contenu concret à cette ambition.
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