Par La Rédaction | Lementor.net
Dans cinq jours, Yopougon accueillera pour la première fois dans l’histoire de la Côte d’Ivoire la fête nationale du 7 août. Cinq mille quatre cent vingt-trois éléments des forces de défense et de sécurité. Quatre délégations étrangères. Un défilé sur le boulevard de la Solidarité entre la gare Siporex et le carrefour Saguidiba. Et dans les tribunes officielles, une question que toute la classe politique ivoirienne se pose depuis l’annonce des invitations : Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam et Charles Blé Goudé seront-ils là ?
Ce n’est pas une question protocolaire. C’est une question politique dont la réponse dira beaucoup sur l’état réel de la réconciliation ivoirienne en 2026. Le gouvernement a tendu la main. Amadou Coulibaly avait dit le 22 juillet : toutes les personnalités seront invitées comme chaque année. Il appartient à chacun d’accepter ou de décliner. Cette formule laisse la décision à chaque acteur. Elle leur impose aussi d’en assumer publiquement les conséquences.
Charles Blé Goudé a déjà répondu. Par la voix de Joël Poté, son porte-parole au COJEP, il a dit : aucune couleur politique aussi belle soit-elle n’est plus belle que le drapeau de la Côte d’Ivoire. Cette phrase dit l’essentiel de son positionnement depuis son retour en Côte d’Ivoire après son acquittement par la CPI en appel. Blé Goudé a fait de la réconciliation son identité politique. Être dans les tribunes de Yopougon le 7 août est cohérent avec ce qu’il incarne publiquement depuis trois ans. Sa présence est confirmée.
Tidjane Thiam et le PDCI ont également signalé leur présence via Dia Houphouët, vice-président du comité d’organisation. Cette confirmation intervient dans un contexte particulièrement complexe pour Thiam : le tribunal a renvoyé le verdict dans l’affaire TchéTché au 22 octobre. Le PDCI vit sous pression judiciaire. Être présent le 7 août dit qu’on respecte les institutions de la République même quand elles vous mettent sous pression. C’est un message politique précis que Thiam a choisi d’envoyer.
Le PPA-CI de Laurent Gbagbo est l’inconnue qui compte. Au 2 août 2026, le parti n’a pas encore officiellement confirmé sa participation selon les sources disponibles. Ce silence dit la complexité de l’arbitrage auquel Gbagbo est confronté. Venir dans les tribunes de Yopougon aux côtés d’Ouattara, c’est une image que sa base militante la plus dure lira comme une normalisation avec le pouvoir qui a invalidé sa candidature à la présidentielle de 2025. Ne pas venir, c’est contredire le Pacte social du 30 juin dans lequel il appelait au dialogue sans condition préalable. C’est aussi fermer des portes avant les municipales de 2027 pour lesquelles le PPA-CI a besoin de reconstituer une présence territoriale.
La détention prolongée du vice-président du PPA-CI aggrave l’équation. Ce cadre du parti, incarcéré depuis novembre 2025 au camp pénal de Bouaké à la suite des contestations de la présidentielle d’octobre, a vu sa détention prolongée de huit mois selon Jeune Afrique. Comment Laurent Gbagbo peut-il paraître dans les tribunes officielles d’une fête nationale aux côtés d’Alassane Ouattara quand l’un de ses vice-présidents est en prison depuis neuf mois ? Cette question a une réponse politique dans chaque sens. Aller dit qu’on sépare la présence institutionnelle des contentieux judiciaires. Ne pas aller dit qu’on ne peut pas célébrer avec un gouvernement qui emprisonne ses responsables politiques.
Ce que le 7 août à Yopougon produira dans les tribunes dira ce que quinze ans de palabres sur la réconciliation nationale n’ont pas encore tranché. Si Gbagbo est là, l’image sera la plus forte depuis son retour en juin 2021. Si Gbagbo est absent, Yopougon dira que la réconciliation ivoirienne a encore ses limites et ses conditions. Dans les deux cas, le boulevard de la Solidarité le 7 août sera l’un des espaces politiques les plus chargés que la Côte d’Ivoire aura produit depuis des années.
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