Par La Rédaction | Lementor.net
Le Conseil des ministres du 5 août 2026 a adopté une ordonnance mettant en œuvre la quatrième phase du démantèlement tarifaire prévu par l’Accord de partenariat économique entre la Côte d’Ivoire et l’Union européenne. Elle porte sur 1 074 lignes tarifaires entrées en vigueur le 1er janvier 2026. Les produits européens couverts sont désormais exonérés de droits de douane à leur entrée sur le marché ivoirien. Quatre phases en sept ans. Une cinquième en 2029. La libéralisation avance selon le calendrier convenu depuis 2008.
Ces 1 074 nouvelles lignes ne résultent pas d’une renégociation entre Abidjan et Bruxelles. Elles découlent d’une migration technique de la nomenclature douanière régionale, du Tarif extérieur commun de la CEDEAO version 2017 vers la version 2022 du système harmonisé. Ce détail technique dit quelque chose d’important : le calendrier de l’APE avance avec une mécanique propre, indépendante des débats politiques sur ses mérites ou ses risques. Les trois premières phases avaient démarré respectivement en 2019, 2021 et 2024. La cinquième et dernière est programmée pour 2029.
L’architecture de l’APE est asymétrique par construction. L’Union européenne a ouvert immédiatement l’intégralité de son marché aux exportations ivoiriennes dès l’entrée en vigueur de l’accord. La Côte d’Ivoire ouvre progressivement son marché sur vingt ans avec des exclusions négociées pour les produits jugés sensibles : plusieurs catégories agricoles, des biens de consommation courante et des filières industrielles que les autorités ont choisi de sanctuariser pour protéger les producteurs nationaux. Cette asymétrie est au cœur d’un débat qui dure depuis 2008 sans jamais se conclure.
Ses défenseurs disent que l’APE offre aux exportateurs ivoiriens un accès privilégié au plus grand marché du monde et favorise les investissements européens. Ses critiques disent qu’il expose les industries locales à une concurrence que leurs conditions de production ne leur permettent pas d’affronter à armes égales. Les industriels d’Abidjan pointent régulièrement les écarts de productivité, le coût de l’énergie et le déficit d’infrastructures logistiques comme autant de handicaps structurels face aux exportateurs du Vieux Continent. Ces critiques ne sont pas nouvelles. Elles sont documentées. Et elles n’ont pas empêché le gouvernement d’adopter cette ordonnance.
Ce que dit l’adoption de cette quatrième phase est précis. Le gouvernement ivoirien assume ses engagements internationaux sans les renégocier, même dans un contexte où le débat sur la souveraineté économique africaine est plus vif que jamais. C’est un choix politique assumé qui dit la confiance du gouvernement dans sa capacité à rendre les entreprises ivoiriennes compétitives avant la cinquième phase de 2029. La vraie question n’est pas de savoir si l’APE est bon ou mauvais dans l’absolu. Elle est de savoir si la Côte d’Ivoire aura utilisé ce temps pour transformer son tissu industriel. La réponse à cette question se lira dans les chiffres de 2029.
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