Par La Rédaction | Lementor.net
Le 5 août 2026, le Conseil des ministres ivoirien a ratifié un accord de don de 300 millions de dollars conclu avec les États-Unis via le Millennium Challenge Corporation. Ce financement porte le programme Compact régional pour l’énergie à 322 millions de dollars en incluant la contribution ivoirienne de 22,5 millions de dollars. Il vise à renforcer les infrastructures électriques du pays et à consolider le rôle de hub énergétique régional d’Abidjan. L’accord avait été signé politiquement le 16 septembre 2025 à Abidjan sous la présidence du Premier ministre Robert Beugré Mambé. L’accord de mise en œuvre a été conclu le 18 avril 2026 en marge des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington par le ministre des Finances Adama Coulibaly. La ratification du 5 août marque le franchissement de la dernière étape formelle avant le démarrage opérationnel du programme.
Ce financement s’articule autour de deux axes précis. Le premier soutient la deuxième phase du West African Power Pool, le marché régional de l’électricité de la CEDEAO qui interconnecte les réseaux nationaux ouest-africains. L’objectif est d’augmenter les capacités de transit transfrontalier et d’aligner la réglementation ivoirienne sur les standards régionaux du WAPP pour faciliter les échanges. Le second modernise le réseau électrique national ivoirien en réduisant les pertes techniques, en renforçant les postes de transformation et en déployant des équipements qui améliorent la fiabilité et la qualité du courant distribué. Ces deux axes sont complémentaires : moderniser le réseau national sans renforcer les interconnexions régionales ou renforcer les interconnexions sans moderniser le réseau interne produiraient des résultats sous-optimaux. Le programme les traite simultanément.
Le contexte dans lequel ce financement s’inscrit dit son importance stratégique. La capacité installée de production électrique de la Côte d’Ivoire a atteint 3 019 MW en 2024. La consommation a progressé de 8 % pour atteindre 13 577 GWh. Le pays exporte déjà de l’électricité vers le Ghana, le Burkina Faso, le Mali, le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée. Cette position d’exportateur régional est un avantage concurrentiel que le Compact MCC vise à consolider durablement. Pour les pays voisins dont les réseaux sont fragiles et dont la demande croît avec le développement économique, la Côte d’Ivoire est un partenaire énergétique indispensable. Chaque mégawatt supplémentaire qu’Abidjan peut exporter est à la fois une recette d’exportation et un outil de diplomatie régionale.
Ce financement s’inscrit dans un alignement diplomatique et économique plus large entre Washington et Abidjan qui s’est densifié ces derniers mois. Le State Partnership Program avec la Garde nationale de Pennsylvanie signé le 25 juin 2026 couvre la coopération sécuritaire. La visite de la ministre canadienne des Affaires étrangères Anita Anand le 6 août avec 68,4 millions de dollars de financements couvre le développement économique et la sécurité régionale. Et ce Compact MCC de 300 millions couvre l’énergie. Ces trois dossiers combinés dessinent une relation américano-canadienne avec la Côte d’Ivoire qui transcende le simple partenariat bilatéral pour devenir un engagement stratégique multidimensionnel. Pour Abidjan dont l’ambition est de devenir le hub régional incontournable de l’Afrique de l’Ouest, disposer du soutien énergétique de Washington est un signal aux investisseurs privés qui valait bien les 22,5 millions de contribution nationale que la Côte d’Ivoire a mis sur la table.
Le Pacte national énergie adopté en 2025 fixe comme objectif une couverture quasi-universelle et un doublement de la capacité installée d’ici 2030 avec une part croissante des énergies renouvelables. Le Compact MCC est l’un des instruments qui permettront de tenir ces objectifs. Il se combine avec l’obligation verte sociale de 15 milliards de FCFA pour financer la phase 2 du programme Électricité Pour Tous qui vise 423 000 nouveaux raccordements, avec les investissements dans les centrales solaires et les barrages hydroélectriques prévus dans le PND 2026-2030 et avec les négociations en cours pour accélérer la SIR 2 à San Pedro qui réduira la dépendance aux importations de produits pétroliers pour la production thermique. Pris séparément, chacun de ces instruments est significatif. Pris ensemble, ils dessinent une stratégie énergétique cohérente dont le Compact MCC est un pilier financé, contractualisé et opérationnellement engagé.
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