Par AN | La Rédaction
L’Autorité de Régulation des Télécommunications et des TIC de Côte d’Ivoire a trouvé un terrain d’entente avec les opérateurs de téléphonie mobile pour renforcer le suivi de la qualité des réseaux cellulaires sur le territoire national. Cette annonce intervient dans un contexte où les plaintes des consommateurs ivoiriens sur la qualité de service des opérateurs constituent un sujet récurrent que les associations de consommateurs documentent régulièrement. Interruptions d’appels en pleine conversation. Lenteurs de connexion dans des quartiers pourtant réputés bien couverts. Zones blanches dans des régions entières du nord et du centre du pays. Ces réalités quotidiennes contrastent avec les chiffres officiels qui présentent la couverture numérique ivoirienne comme dépassant 95 % de la population.
L’ARTCI dispose des pouvoirs légaux pour imposer aux opérateurs des obligations de qualité de service définies dans leurs licences d’exploitation. Ces obligations couvrent le taux de coupure des appels, le taux de blocage à l’établissement d’une communication, la qualité de la voix transmise, la couverture géographique effective et les débits de données sur les réseaux 4G et 5G. Le cadre réglementaire existe. Ce qui manquait jusqu’ici était un mécanisme de suivi suffisamment précis et contraignant pour que les opérateurs ne puissent pas se contenter de déclarations de conformité sans vérification terrain indépendante.
Le terrain d’entente annoncé entre l’ARTCI et les opérateurs dit que les deux parties ont accepté un cadre de suivi renforcé. Les modalités précises de ce dispositif restent à documenter. Mais le principe dit quelque chose d’important : le régulateur ne s’est pas contenté d’imposer unilatéralement de nouvelles contraintes. Il a négocié avec les acteurs du secteur pour construire un dispositif que les opérateurs acceptent et donc mettront en œuvre avec moins de résistance. Cette approche concertée est plus efficace dans la durée que la réglementation imposée d’en haut que les opérateurs cherchent à contourner dès qu’ils en ont l’occasion.
Les trois opérateurs actifs en Côte d’Ivoire, Orange Côte d’Ivoire, MTN Côte d’Ivoire et Moov Africa, desservent des dizaines de millions d’abonnés sur un territoire où les ambitions numériques du PND 2026-2030 sont considérables. Le gouvernement veut doubler la contribution du numérique au PIB ivoirien qui représente déjà entre 6 et 8 % de l’économie nationale. Le ministre de la Transition numérique Djibril Ouattara a lancé en juillet les programmes Ivoire Tech Next 15 et Ivoire Tech Scale Up pour accompagner 30 startups et PME numériques. La stratégie nationale de l’IA SNIA 2030 mobilise 1,8 milliard de dollars sur cinq ans. Ces ambitions supposent une infrastructure réseau fiable, rapide et universellement accessible. Un signal qui permet d’envoyer un SMS et un signal qui permet de tenir une réunion professionnelle en visioconférence ou de suivre un cours en ligne sont deux réalités radicalement différentes. C’est sur cette distinction qualitative que le renforcement du suivi de l’ARTCI doit porter pour que le dividende numérique promis se traduise en bénéfices concrets pour les utilisateurs ordinaires.
La question de la couverture des zones rurales est la plus urgente de toutes. Les populations des régions de l’ouest, du nord-ouest et de certaines zones du centre continuent de vivre dans des angles morts numériques qui les privent d’accès aux services bancaires mobiles, aux plateformes d’e-commerce agricole, aux applications de santé et aux outils d’éducation à distance. Ces populations ne bénéficieront pas des ambitions numériques du PND tant que leur réseau continuera de tomber au moment précis où ils en ont besoin. Le renforcement du suivi de l’ARTCI doit mettre un accent particulier sur ces zones si l’objectif d’une couverture portée à 98-100 % du territoire annoncé dans la feuille de route ministérielle doit devenir une réalité vécue et non seulement une statistique déclarée.
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