Par La Rédaction | Lementor.net
Ce mercredi 9 septembre 2026 à 10 heures, Justin Koné Katinan, quatrième vice-président du PPA-CI chargé de la politique générale, s’est présenté au Service des enquêtes générales de la Préfecture de police d’Abidjan à Abobo sur instruction du procureur de la République. La convocation datée du 7 septembre lui demandait de se présenter avec son conseil conformément à l’article 90 nouveau du Code de procédure pénale. L’audition était encore en cours au moment de la publication de cet article. Ni le parquet ni le PPA-CI n’avaient encore communiqué sur son déroulement ni sur les suites susceptibles d’être données à la plainte.
La chaîne des événements qui a conduit à cette convocation est précise et documentée. Le jeudi 3 septembre 2026, lors de la 52ème Tribune du PPA-CI organisée au siège du parti à Cocody, Justin Koné Katinan a pris la parole sur le thème de l’orpaillage illégal. Dans cette intervention, l’ancien ministre du Budget sous Laurent Gbagbo est allé loin dans ses accusations. Il a affirmé que l’orpaillage illégal est un phénomène né de la méthode de conquête du pouvoir par le RDR, l’ancien parti d’Alassane Ouattara devenu le RHDP. Il a accusé le parti au pouvoir d’être selon lui le principal responsable de l’essor de l’orpaillage clandestin sur le territoire ivoirien, pointant également des liens entre ce phénomène et le trafic de drogue. Ces accusations ont provoqué une réaction immédiate du camp présidentiel.
Le lundi 7 septembre, le RHDP a saisi la justice. La plainte signée par Ibrahima Cissé Bacongo, secrétaire exécutif du RHDP et ministre-gouverneur du district autonome d’Abidjan, a été enregistrée au parquet du tribunal de première instance d’Abidjan. Elle vise Justin Koné Katinan et le PPA-CI pour des faits présumés de diffamation, d’injure et de diffusion de fausses nouvelles. Le lendemain 8 septembre, la convocation était remise à Katinan Koné avec l’ordre de se présenter le 9 septembre à 10 heures. La rapidité de la réaction judiciaire dit que le RHDP a traité cette affaire comme une priorité. Deux jours entre le dépôt de la plainte et la convocation devant les enquêteurs dit que les instructions données au parquet ont été suivies avec la promptitude que réserve l’État aux dossiers qu’il considère comme sensibles.
Ce dossier dit plusieurs choses sur le fonctionnement de l’espace politique ivoirien en ce début de septembre 2026. L’orpaillage illégal est devenu depuis plusieurs semaines l’un des terrains de confrontation les plus actifs entre le gouvernement et l’opposition. Le ministère de la Défense avait admis que la répression seule ne suffisait pas. Les imams du Maouloud 2026 avaient été mobilisés pour prêcher contre le phénomène. Le PPA-CI avait décidé de s’emparer du sujet en accusant directement le RHDP d’en être responsable. Cette offensive politique de l’opposition a visiblement franchi une ligne que le parti au pouvoir a choisi de faire tracer par les tribunaux plutôt que par la réponse politique.
La plainte pour diffamation, injure et diffusion de fausses nouvelles dit quelle ligne a été franchie selon le RHDP. La diffamation suppose que les faits allégués soient inexacts et portent atteinte à l’honneur d’une personne ou d’un collectif. La diffusion de fausses nouvelles suppose que les informations relayées ne correspondent pas à la réalité documentée. Mais l’orpaillage illégal touche aujourd’hui 29 des 31 régions de Côte d’Ivoire selon le bilan du GS-LOI présenté au Conseil national de sécurité le 23 juillet 2026. Ce chiffre est officiel, produit par le gouvernement lui-même. Si les faits dénoncés par Katinan Koné sont en partie documentés par les données gouvernementales, la frontière entre la dénonciation politique légitime et la diffamation sera au cœur de ce que les tribunaux devront trancher.
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