Par La Rédaction | Lementor.net
Le Conseil du Café-Cacao a fixé le prix bord champ du cacao à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne 2026-2027 ouverte le 1er septembre 2026. Un communiqué publié par Abidjan.net qualifie ce prix de décent et qui reflète le niveau des cours mondiaux au moment des ventes. Ce cadrage dit que le gouvernement assume cet arbitrage et entend le défendre. Mais entre le pic historique de 2 800 FCFA de la campagne précédente et les 1 200 FCFA de cette nouvelle campagne, la différence est de 57 %. Elle mérite mieux qu’une formule rassurante. Elle mérite une explication complète.
La chute est brutale dans ses chiffres mais cohérente dans sa logique. En 2024-2025, les cours mondiaux du cacao avaient atteint des sommets jamais vus dans l’histoire de la matière première, dépassant les 10 000 dollars la tonne sur le marché de New York sous l’effet d’une offre insuffisante liée aux mauvaises récoltes en Côte d’Ivoire et au Ghana en 2023 et 2024. Le Conseil du Café-Cacao avait fixé le prix bord champ à 2 800 FCFA en cohérence avec ces cours exceptionnels. Mais les cours ont ensuite corrigé brutalement au début de 2026 quand les récoltes de la saison intermédiaire sont revenues à des niveaux plus normaux. L’équation était devenue intenable : les exportateurs ne pouvaient plus acheter aux planteurs au prix garanti de 2 800 FCFA et revendre sur des marchés mondiaux qui avaient largement dévissé. Les stocks s’étaient accumulés. Le programme de rachat exceptionnel de 100 000 tonnes pour 280 milliards de FCFA avait été lancé en urgence. La filière avait été fragilisée par une déconnexion entre le prix institutionnel et la réalité du marché.
Les 1 200 FCFA de cette campagne sont calculés sur la base d’un Brent du marché mondial du cacao qui se situait autour de 6 000 à 7 000 dollars la tonne au moment de la fixation du prix. La formule du Conseil du Café-Cacao garantit aux planteurs environ 60 % du cours FOB d’exportation après déduction des coûts de transport, de conditionnement et des prélèvements fédéraux. À 1 200 FCFA le kilogramme, le planteur ivoirien reçoit davantage que son homologue ghanéen dont le gouvernement a fixé le prix équivalent à environ 800 FCFA selon les estimations disponibles. Mais il reçoit bien moins que l’année précédente. Pour une exploitation moyenne de deux hectares produisant environ deux tonnes par an, la différence entre 2 800 et 1 200 FCFA représente une perte de revenus de 3,2 millions de FCFA par campagne. C’est une somme considérable pour des ménages ruraux dont le cacao est souvent la seule source de revenus monétaires significatifs.
Le gouvernement a deux arguments pour défendre ce prix. Le premier est la réalité du marché. Un prix bord champ supérieur aux cours mondiaux crée les distorsions qui ont paralysé la filière début 2026. Maintenir 2 800 FCFA alors que les cours mondiaux sont à 1 800 FCFA équivaudrait à subventionner massivement la filière dans des proportions que les finances publiques ne peuvent pas supporter indéfiniment. Le second argument est la compétitivité. Un prix bord champ compétitif par rapport au Ghana et à d’autres producteurs réduit les incitations à l’exportation illicite des fèves vers la Guinée documentée à hauteur de 100 000 tonnes lors de la dernière campagne. Un planteur qui peut vendre à 1 200 FCFA à un exportateur agréé ivoirien n’a pas de raison économique forte de passer par des circuits informels qui lui offrent en général un prix inférieur avec l’incertitude du paiement.
Pour les planteurs, ce prix dit une vérité que l’année exceptionnelle de 2025 avait occultée : le cacao est une culture mondiale dont le prix dépend de forces que ni les planteurs ivoiriens ni le Conseil du Café-Cacao ne contrôlent entièrement. La vraie réponse à cette vulnérabilité n’est pas dans le prix bord champ. Elle est dans la transformation locale qui permettrait à la Côte d’Ivoire de valoriser ses fèves en beurre, en poudre et en chocolat dont les prix sont moins volatils et dont la marge est plus élevée. C’est le chantier de long terme que les 1 200 FCFA de cette campagne rappellent avec une acuité douloureuse.
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