Par La Rédaction | Lementor.net
Au terme de son audition au Service des enquêtes générales de la Préfecture de police d’Abidjan hier mercredi 9 septembre 2026, Justin Koné Katinan est ressorti sans être placé en garde à vue ni mis en cause formellement selon les informations disponibles ce matin. Ni le parquet ni le PPA-CI n’ont communiqué officiellement sur les suites données à la plainte du RHDP pour diffamation, injure et diffusion de fausses nouvelles. Ce silence de part et d’autre dit que l’affaire est entre les mains des enquêteurs et que la procédure suit son cours sans précipitation ni épilogue immédiat.
Ce que cette audition dit sur le rapport entre le pouvoir et l’opposition en Côte d’Ivoire en cette rentrée politique 2026 mérite d’être analysé avec précision. Le 3 septembre lors de la 52ème Tribune du PPA-CI, Katinan Koné avait affirmé que l’orpaillage illégal est un phénomène né de la méthode de conquête du pouvoir par le RDR et avait accusé le RHDP d’être le principal responsable de la prolifération des sites clandestins. Ces accusations avaient visé nommément le parti au pouvoir dans une formulation qui mêlait critique politique et allégations factuelles sur la responsabilité du gouvernement dans un fléau documenté à 29 régions touchées sur 31. La réponse du RHDP a été immédiate et judiciaire. Deux jours après la tribune, Ibrahima Cissé Bacongo, secrétaire exécutif du parti et ministre-gouverneur du district autonome d’Abidjan, déposait une plainte au parquet du tribunal de première instance d’Abidjan. Quarante-huit heures plus tard, la convocation était remise à Katinan Koné avec l’ordre de se présenter le 9 septembre à 10 heures.
Cette rapidité dit que le RHDP a traité cette affaire comme une priorité. Elle dit aussi que le parti au pouvoir a décidé de répondre à l’offensive politique de l’opposition sur l’orpaillage non pas par une réponse politique documentée mais par une action judiciaire. Ce choix a un coût politique précis. En portant cette affaire devant les tribunaux, le RHDP transforme un débat sur l’orpaillage où il disposait d’arguments factuels solides, 8 500 sites démantelés, 4 474 interpellations, le GS-LOI présenté au Conseil national de sécurité présidé par Ouattara lui-même, en une affaire de liberté d’expression où l’opposition se retrouve en position de victime d’une justice sollicitée par le pouvoir. Ce glissement de terrain est exactement ce que le PPA-CI souhaitait pour alimenter son récit de répression politique à l’approche des municipales de 2027.
La notion de diffusion de fausses nouvelles appliquée à des accusations politiques sur l’orpaillage crée une ligne de partage difficile à tracer. Si les faits allégués par Katinan Koné sur la prolifération des sites sont inexacts, la diffamation peut être constituée. Mais si ces faits sont documentés, même partiellement, par les données gouvernementales elles-mêmes qui reconnaissent 1 600 sites actifs en 2026 contre 241 en 2022, la qualification juridique devient fragile. C’est ce que les tribunaux devront trancher. Et leur décision dira quelque chose d’important sur l’état de la liberté d’expression politique en Côte d’Ivoire à neuf mois des municipales.
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