Par La Rédaction | Lementor.net
Le ministre de la Communication et des Médias Amadou Coulibaly a pris publiquement position ce jeudi 10 septembre 2026 dans l’affaire Katinan Koné en invitant les Ivoiriens à distinguer l’action du gouvernement de celle du RHDP. Cette précision publique dit que le gouvernement a mesuré le risque politique que représente cette procédure pour son image institutionnelle et qu’il entend circonscrire la responsabilité de la plainte au seul parti au pouvoir plutôt qu’à l’exécutif dans son ensemble. C’est une prise de parole calibrée qui dit autant ce que le gouvernement veut éviter que ce qu’il veut affirmer.
La chaîne des événements qui a produit cette affaire est précise et documentée. Le jeudi 3 septembre 2026, lors de la 52ème Tribune du PPA-CI organisée au siège du parti à Cocody, Justin Koné Katinan, quatrième vice-président du PPA-CI chargé de la politique générale et ancien ministre du Budget sous Laurent Gbagbo, a pris la parole sur le thème de l’orpaillage illégal. Dans cette intervention, il a affirmé que l’orpaillage illégal est un phénomène né de la méthode de conquête du pouvoir par le RDR et accusé le RHDP d’être le principal responsable de la prolifération des sites clandestins sur le territoire ivoirien. Il a également évoqué des liens entre l’orpaillage et le trafic de drogue. Ces accusations ont produit une réaction immédiate du camp présidentiel. Le lundi 7 septembre, le RHDP a saisi la justice. La plainte signée par Ibrahima Cissé Bacongo, secrétaire exécutif du RHDP et ministre-gouverneur du district autonome d’Abidjan, a été enregistrée au parquet du tribunal de première instance d’Abidjan pour des faits présumés de diffamation, d’injure et de diffusion de fausses nouvelles. Deux jours plus tard, la convocation était remise à Katinan Koné. Il s’est présenté le mercredi 9 septembre à 10 heures au Service des enquêtes générales de la Préfecture de police d’Abobo. L’audition s’est déroulée sans qu’une garde à vue ni une mise en cause formelle ne soient annoncées officiellement à sa clôture.
La distinction juridique qu’Amadou Coulibaly établit est réelle et précise. La plainte a été signée par Ibrahima Cissé Bacongo en sa qualité de secrétaire exécutif du RHDP et non en sa qualité de ministre-gouverneur. Ce n’est pas le gouvernement ivoirien qui a porté plainte. C’est le RHDP comme organisation partisane qui a exercé son droit légal de déposer une plainte pour des propos qu’il juge diffamatoires. En droit, cette distinction est significative. Elle dit que la procédure judiciaire relève de l’initiative d’un parti politique dans l’exercice de ses droits et non d’une instruction gouvernementale à charge contre un opposant.
Mais cette distinction juridique, aussi réelle soit-elle, est difficile à maintenir dans la perception publique pour une raison simple. Ibrahima Cissé Bacongo est simultanément secrétaire exécutif du RHDP et ministre-gouverneur du district autonome d’Abidjan nommé par le président de la République. Le signataire de la plainte partisane et le membre du gouvernement portent le même nom et occupent le même bureau. Dans la perception des militants du PPA-CI et d’une partie de l’opinion ivoirienne, cette superposition efface la distinction que le ministre Coulibaly cherche à établir. Un homme qui est à la fois le numéro un d’un parti et un membre du gouvernement ne peut pas agir au nom du parti sans que son action soit perçue comme reflétant aussi la volonté du gouvernement dont il est membre.
Ce que cette affaire dit sur la santé de l’espace politique ivoirien mérite d’être nommé avec clarté. La liberté d’expression politique qui inclut le droit de critiquer publiquement les politiques gouvernementales et d’en attribuer la responsabilité au parti au pouvoir est un droit fondamental que la Constitution ivoirienne garantit. La diffamation qui suppose que les faits allégués soient inexacts et portent atteinte à l’honneur d’une personne ou d’un collectif est une infraction pénale que le Code pénal sanctionne. La frontière entre les deux est précisément ce que les tribunaux sont chargés de tracer. Si la justice tranche en faveur de Katinan Koné, ce sera la reconnaissance que ses accusations relevaient de la critique politique légitime dans un pays dont la Constitution garantit cette liberté. Si elle tranche en faveur du RHDP, ce sera la reconnaissance que ses propos avaient franchi la ligne de la diffamation documentée. L’un ou l’autre verdict dira quelque chose sur l’état de la liberté de parole politique en Côte d’Ivoire à neuf mois des municipales de 2027.
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