Par La Rédaction | Lementor.net
À l’issue d’un atelier du Conseil national de sécurité consacré à la lutte contre l’orpaillage illégal, les préfets de Côte d’Ivoire se sont engagés à renforcer leur rôle dans la mobilisation des acteurs locaux contre ce fléau qui touche désormais 29 des 31 régions du pays selon les données documentées par le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal. Cette décision dit la volonté de l’État de territorialiser et de diversifier sa réponse en mobilisant les représentants locaux du gouvernement au-delà des seules forces de sécurité dont le ministre de la Défense avait lui-même reconnu les limites conjoncturelles dans une formule que lementor.net avait documentée et analysée en détail.
Le préfet est le représentant de l’État dans le département. À ce titre, il est le coordinateur naturel de l’action de l’ensemble des services déconcentrés de l’administration dans sa circonscription. Il coordonne la gendarmerie, la police, les eaux et forêts, les mines, l’agriculture, la santé et l’éducation dans une vision transversale que chaque ministère seul ne peut pas avoir. Il préside le comité départemental de sécurité qui réunit chaque mois les responsables sécuritaires locaux pour coordonner leur action sur les problèmes identifiés dans la circonscription. Et il est en relation directe avec les chefferies traditionnelles, les associations de jeunesse, les organisations de la société civile et les leaders religieux qui constituent le tissu social local dont la mobilisation est indispensable pour atteindre les populations que l’administration centrale ne peut pas toucher directement depuis Abidjan. Cette position charnière entre l’État central et les communautés locales fait du préfet un acteur potentiellement décisif dans la lutte contre l’orpaillage illégal précisément parce qu’il peut activer des leviers que ni la gendarmerie ni les forces spéciales du GS-LOI ne peuvent mobiliser seuls.
L’engagement des préfets s’inscrit dans une architecture de réponse qui se densifie progressivement depuis que le gouvernement a admis que la solution ne viendra pas d’un seul instrument. Le GS-LOI a démantelé 8 500 sites depuis 2021 et les a vus se reconstituer ailleurs ou se multiplier malgré les opérations, le nombre de sites actifs passant de 801 en 2023 à plus de 1 600 en 2026. Les imams ont été mobilisés au Maouloud 2026 pour prêcher contre l’orpaillage lors des sermons du vendredi dans les zones de production. La Chambre nationale des rois et chefs traditionnels est engagée dans des missions de sensibilisation communautaire dans les zones d’extraction. Et maintenant les préfets sont invités à coordonner l’ensemble de ces acteurs dans une réponse territoriale intégrée qui combine la répression, la prévention, la sensibilisation communautaire et l’offre d’alternatives économiques. Cette architecture à plusieurs piliers est plus prometteuse que la réponse sécuritaire seule. Elle demande du temps, de la coordination et une volonté politique constante pour produire des résultats mesurables dans un phénomène dont les racines économiques et sociales sont profondes et documentées.
Ce que l’engagement des préfets dit sur la gouvernance territoriale ivoirienne est plus large que le seul dossier de l’orpaillage. La déconcentration de l’autorité de l’État vers les préfets sur les dossiers sécuritaires complexes dit une évolution de la méthode de gouvernance. Un État qui gouverne uniquement depuis Abidjan sur des problèmes qui se posent à Odienné, à Bouaké ou à Daloa produit des réponses inadaptées aux réalités locales. Un État qui mobilise ses représentants territoriaux comme acteurs de premier rang plutôt que comme simples relais de transmission des instructions centrales produit des réponses plus adaptées, plus rapides et plus durables. L’orpaillage illégal est le dossier qui dit cette leçon aujourd’hui. Les municipales de 2027 et leurs enjeux de gouvernance locale diront demain si elle a été retenue au-delà de ce seul dossier.
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