Par La Rédaction | Lementor.net
Le Conseil du Café-Cacao a annoncé ce 26 août 2026 une accélération de la production et de la distribution des cartes du producteur sur l’ensemble du territoire ivoirien. Cette accélération n’est pas anodine dans son timing. Elle intervient à quelques mois de l’entrée en application pleine du Règlement européen sur la déforestation qui imposera que tout cacao importé en Europe soit certifié traçable et sans déforestation. La carte du producteur est l’instrument central de cette traçabilité. Sans elle, la filière ivoirienne risque de perdre l’accès à son premier marché mondial.
La carte du producteur est un document biométrique qui enregistre l’identité de chaque planteur, la géolocalisation précise de sa parcelle, la superficie de son exploitation et les données de production par saison. Ce document permet à la filière de répondre à la question que le Règlement européen de l’Union européenne exige de trancher avant tout achat : ce cacao vient-il d’une parcelle qui n’a pas déforestée après le 31 décembre 2020 ? Sans cette carte, sans cette géolocalisation, sans cette traçabilité numérique du producteur à l’exportateur, la réponse ne peut pas être fournie de façon vérifiable. Et un cacao qui ne peut pas être certifié sans déforestation risque de se voir refuser l’entrée sur le marché européen, quelle que soit sa qualité intrinsèque.
L’enjeu financier est considérable. L’Union européenne absorbe la majorité des exportations ivoiriennes de cacao transformé et une part significative des fèves brutes. Perdre ou réduire l’accès à ce marché aurait des conséquences économiques directes et immédiates sur les revenus de plus d’un million de planteurs ivoiriens dont la survie dépend de la vente de leurs fèves. La chaîne est longue mais solide dans son interdépendance : planteur, coopérative, exportateur agréé, broyeur européen, chocolatier. Un maillon qui ne peut pas fournir la certification requise fragilise toute la chaîne. La carte du producteur est ce maillon de base sans lequel aucune certification ne peut être construite de façon crédible.
Le processus d’émission de ces cartes a débuté il y a plusieurs années mais s’est heurté à des défis logistiques significatifs. La Côte d’Ivoire compte plus d’un million de planteurs de cacao répartis sur des millions d’hectares dans les régions du centre-ouest, du sud-ouest et de l’ouest. Les enregistrer individuellement, géolocaliser chacune de leurs parcelles, collecter les données biométriques et émettre un document numérique sécurisé est une opération d’une ampleur comparable à un recensement national. Les zones rurales les plus reculées, celles précisément où les risques de déforestation sont les plus documentés, sont aussi celles où la logistique est la plus difficile et où les taux de couverture restent les plus faibles.
L’accélération annoncée ce 26 août dit que le Conseil du Café-Cacao a intensifié les opérations de terrain. Des équipes mobiles d’enregistrement ont été déployées dans les zones de production avec des équipements biométriques portatifs. Des coopératives servent de points d’appui logistique pour regrouper les planteurs et faciliter les enregistrements. Le Système national de traçabilité du café-cacao entré en vigueur ces dernières semaines fournit le cadre technique dans lequel ces cartes s’intègrent. Ce système permettra à terme de suivre chaque lot de cacao depuis la parcelle du planteur jusqu’au conteneur d’exportation avec une traçabilité numérique continue que les autorités européennes pourront vérifier de façon indépendante.
Ce que cette accélération dit sur l’état de préparation de la filière ivoirienne au Règlement européen est nuancé. Le fait que le Conseil du Café-Cacao soit obligé d’accélérer à quelques mois de l’échéance dit que le processus a pris du retard par rapport au calendrier optimal. Mais le fait qu’il accélère plutôt que de nier le problème dit aussi que les institutions de la filière ont pris la mesure de l’urgence. La question qui reste ouverte est celle du taux de couverture : combien de planteurs disposent déjà de leur carte et combien restent à enregistrer avant que la pression des acheteurs européens ne se fasse sentir concrètement sur les prix et les volumes commandés. Ce chiffre dira si l’accélération suffit ou si le défi reste entier malgré les efforts déployés.
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