Par La Rédaction | Lementor.net
La formule est de la SODECI. Elle dit l’essentiel en quatre mots. Et elle dit quelque chose que les chiffres officiels sur l’orpaillage illégal n’avaient pas encore formulé aussi clairement : la menace que l’orpaillage clandestin fait peser sur la Côte d’Ivoire n’est pas seulement sécuritaire ni fiscale. Elle est sanitaire. Et elle concerne directement le robinet de chaque Ivoirien.
Dans une vidéo de sensibilisation publiée sur sa page Facebook, la Société de distribution d’eau de Côte d’Ivoire alerte sur les risques que l’exploitation artisanale illégale de l’or fait peser sur les ressources hydriques nationales. Le mécanisme est documenté et précis. Les orpailleurs clandestins utilisent du mercure pour séparer l’or des sédiments. Ce mercure, rejeté dans les rivières et les cours d’eau, se dépose dans les sédiments, s’accumule dans les organismes aquatiques et remonte la chaîne alimentaire. Quand ces mêmes rivières alimentent les installations de traitement de la SODECI, le problème change de nature. Ce n’est plus une question de biodiversité. C’est une question de santé publique.
Ce que la SODECI dit en creux est aussi important que ce qu’elle dit explicitement. Une pollution importante peut compliquer le processus de potabilisation et mettre les réseaux d’approvisionnement sous pression. Cette phrase dit que les stations de traitement ont des limites. Elles peuvent purifier une eau chargée d’impuretés ordinaires. Face à des concentrations élevées de mercure ou de cyanure, les procédés standard atteignent leurs seuils. Et quand le traitement échoue à atteindre les normes de consommation, c’est toute une chaîne de distribution qui est compromise. Des quartiers entiers. Des villes entières dans les zones minières.
Le gouvernement ivoirien a démantelé 8 500 sites d’orpaillage illégal depuis 2021, interpellé 4 474 personnes et saisi 136 kilogrammes d’or selon les chiffres officiels les plus récents. Ces chiffres disent l’ampleur de la mobilisation et, simultanément, l’ampleur du problème. Si 8 500 sites ont été démantelés en cinq ans, cela dit que des milliers d’autres existaient et existent encore. La lutte est réelle. Elle n’est pas gagnée.
Ce que la SODECI ajoute au débat est une dimension que les opérations militaires et policières ne peuvent pas couvrir seules. La dépollution des cours d’eau contaminés par le mercure est un processus long et coûteux qui peut s’étendre sur des décennies après l’arrêt des activités illégales. Le mercure ne disparaît pas quand l’orpailleur part. Il reste dans les sédiments. Il continue de contaminer. Il continue de remonter la chaîne alimentaire et hydrique. Démanteler un site d’orpaillage illégal est une victoire sécuritaire. C’est le début d’un problème environnemental qui durera bien au-delà de la présence des orpailleurs.
L’enjeu est d’autant plus aigu que la Côte d’Ivoire fait face simultanément à une pression démographique qui augmente les besoins en eau potable et à des objectifs de couverture hydraulique inscrits dans le PND 2026-2030. Étendre l’accès à l’eau potable tout en laissant contaminer les sources qui alimentent ce réseau, c’est courir sur un tapis roulant qui avance en sens inverse. La SODECI ne fait pas de politique. Elle gère de l’eau. Et quand le gestionnaire de l’eau dit que l’or menace l’eau, ce message mérite d’être entendu au-delà des cercles environnementaux. L’or passe. L’eau, elle, ne repasse pas.
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