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Abidjan, 13 mai 2026 – La Cour d’appel d’Abidjan a rendu ce mercredi son délibéré très attendu dans l’affaire KOUAKOU Affoué Félicité, condamnée en première instance à vingt ans d’emprisonnement pour faux et escroquerie.
Dans une décision à forte portée symbolique, la juridiction d’appel a finalement ramené la peine à cinq ans d’emprisonnement ferme, tout en ordonnant la libération immédiate de la prévenue, au motif qu’elle avait déjà largement exécuté cette peine après plusieurs années passées en détention.
Une décision qui clôt définitivement un dossier devenu, au fil des années, l’illustration des lenteurs de la justice pénale ivoirienne.
Une cour d’appel soucieuse de préserver l’institution judiciaire
Après une première audience marquée par des échanges vifs autour des délais de jugement, du montant réellement perçu par la prévenue et de la question de la prescription, la Cour d’appel semblait placée devant une équation délicate : reconnaître implicitement les dysfonctionnements du système judiciaire sans pour autant désavouer frontalement le jugement de première instance.
Le compromis retenu traduit cette volonté manifeste de “garder la face” et de sauver les meubles institutionnellement.
La cour a ainsi déclaré recevable l’appel interjeté par Mme KOUAKOU avant de le juger partiellement fondé. Elle a surtout rejeté l’exception de prescription soulevée aussi bien par l’avocat général que par la défense, évitant ainsi une annulation totale de la procédure qui aurait constitué un véritable camouflet pour l’appareil judiciaire après plus de sept années d’attente entre l’appel de 2019 et le délibéré de 2026.
Mais dans le même temps, la juridiction a fortement corrigé la sévérité du premier jugement en infirmant partiellement la condamnation initiale de vingt ans d’emprisonnement.
De vingt ans à cinq ans : un désaveu implicite du premier jugement
La réduction spectaculaire de la peine apparaît comme le véritable enseignement de cette affaire.
Alors que le tribunal correctionnel avait prononcé la peine maximale en raison du montant supposé du préjudice, les débats en appel avaient mis en lumière les incertitudes entourant les sommes effectivement perçues par la prévenue.
Lors de l’audience du 6 mai dernier, Mme KOUAKOU avait reconnu certains faits, tout en contestant l’ampleur des montants retenus contre elle. Son conseil, Me Youssouf Méité, avait longuement plaidé pour une relecture plus nuancée du dossier.
Le ministère public lui-même avait adopté une position relativement inhabituelle, reconnaissant les lenteurs anormales de la procédure et évoquant les exigences liées au jugement dans un délai raisonnable.
La décision rendue ce mercredi semble ainsi traduire une forme d’équilibre judiciaire : ne pas innocenter totalement la prévenue afin de préserver la crédibilité de l’institution, mais reconnaître implicitement que la peine initiale apparaissait excessivement lourde au regard des circonstances du dossier et de la durée de détention déjà subie.
Une libération immédiate qui sonne comme une réparation tardive
L’élément le plus marquant reste toutefois l’ordonnance de libération immédiate.
En considérant que les cinq années d’emprisonnement étaient déjà largement couvertes par le temps passé en détention, la Cour d’appel a mis fin, de manière définitive, à une affaire devenue embarrassante pour la justice ivoirienne.
Cette issue permet à l’institution judiciaire d’éviter le précédent d’une prescription officiellement constatée tout en réparant, au moins partiellement, les conséquences d’une procédure excessivement longue.
Au-delà du cas de Mme KOUAKOU Affoué Félicité, cette affaire relance une nouvelle fois le débat sur les délais raisonnables en matière pénale et sur la nécessité d’éviter que des dysfonctionnements procéduraux ne se transforment en peines supplémentaires pour les justiciables.
Pour la défense, cette décision sonne comme une victoire importante. Pour la Cour, elle apparaît surtout comme une manière de refermer un dossier devenu difficile à défendre sans provoquer une remise en cause plus profonde du fonctionnement judiciaire.
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