La Rédaction | lementor.net
Le Mali vient de franchir une ligne que même les observateurs les plus pessimistes n’espéraient pas voir franchir aussi rapidement. En mai 2026, la junte d’Assimi Goïta a officiellement aboli le multipartisme. Par une loi adoptée sans débat par le Conseil national de Transition, organe législatif dont tous les membres sont nommés par le chef de la junte, le Mali rejoint le cercle très fermé des États africains qui ont officiellement supprimé le pluralisme politique comme fondement de leur système de gouvernance.
Pour comprendre la portée historique de cet acte, il faut se souvenir de ce que le multipartisme représente dans la mémoire collective malienne. C’est au nom de la liberté politique, du droit à l’opposition, du droit à des élections libres, que la révolution populaire de mars 1991 avait renversé le général Moussa Traoré après vingt-trois ans de parti unique. Ce soulèvement, dans lequel des étudiants, des syndicalistes et des citoyens ordinaires avaient affronté les forces de sécurité au prix de leur vie, avait abouti à la Constitution de 1992, texte fondateur qui consacrait le multipartisme comme principe intangible de la République malienne. Trente-cinq ans plus tard, la junte d’Assimi Goïta efface ce legs d’un trait de plume.
Ce n’est pas une surprise dans l’enchaînement de ses actes. Depuis son premier coup d’État en août 2020, la junte a méthodiquement démantelé les fondements de l’État de droit. Les élections d’abord, indéfiniment reportées. La presse ensuite, avec la suspension de RFI, France 24 et TV5 Monde. Les organisations civiles, contraintes au silence par des décrets restrictifs. Les opposants, enlèvements et disparitions documentés par Human Rights Watch. Et maintenant le multipartisme lui-même, supprimé comme si trente-cinq ans de démocratie malienne n’avaient jamais existé.
Ce que cette loi dit sur l’état réel du régime est lisible. Une junte qui supprime le multipartisme deux semaines après avoir perdu quatre villes stratégiques face au JNIM, dont le ministre de la Défense a été tué dans sa propre résidence, dont le président a été exfiltré et silencieux pendant trois jours, n’est pas une junte qui consolide sa force. C’est une junte qui consolide sa peur. Le parti unique n’est pas le signe de la victoire. Il est le dernier refuge de ceux qui ont perdu la capacité de gouverner avec le consentement.
Oumar Mariko, Mountaga Tall, les membres de la CFR de l’imam Dicko, les syndicats, les mouvements citoyens comme Yiriwa 223 : tous ceux qui portaient encore l’espoir d’une sortie politique de la crise malienne par les urnes viennent de voir leur espace légal officiellement supprimé. Ce que la junte leur dit est simple : il n’y a plus de voie légale pour vous. La question que cette décision pose maintenant est celle que l’histoire répond toujours, tôt ou tard, quand le politique est verrouillé : par quelle autre voie les exclus trouveront-ils leur expression ?
Leave a comment