La rédaction | lementor.net
Il y a des victoires qui arrivent dans des contextes qui les rendent encore plus grandes. Ce lundi 11 mai 2026, pendant que Bamako vit sous couvre-feu et que les routes menant à sa capitale brûlent sous les attaques du JNIM, un jeune homme de 23 ans a fait rayonner le nom du Mali sur une scène que les bombes n’atteignent pas : celle du football. Mamadou Sangaré, milieu de terrain du RC Lens, a été désigné meilleur joueur africain de Ligue 1 pour la saison 2025-2026 par le jury du Prix Marc-Vivien Foé, remis chaque année par RFI et France 24. Il devient ainsi le premier joueur malien de l’histoire à soulever ce trophée, créé en hommage au Camerounais Marc-Vivien Foé, décédé sur un terrain en juin 2003.
Le verdict du jury est sans appel. Sangaré a récolté 313 points, distançant largement ses deux concurrents sénégalais : Lamine Camara de l’AS Monaco avec 94 points, et Moussa Niakhaté de l’Olympique Lyonnais avec 84 points. Un écart de plus de 200 points qui dit l’évidence de sa saison : exceptionnelle, constante, dominatrice dans tous les compartiments qui font un grand milieu de terrain.
Pour comprendre ce que représente Mamadou Sangaré, il faut remonter aux origines. Natif de Bamako, il grandit dans son quartier où personne ne connaît son vrai nom. On l’appelle le Gaucher, en référence à ce pied gauche soyeux qui fait des merveilles depuis l’enfance. À 12 ans, le Yeelen Olympique le repère. À 18 ans, le RB Salzbourg lui offre un contrat et il débarque en Autriche en pleine période Covid-19. L’apprentissage est rude. Des prêts successifs au FC Liefering, au Grazer AK, au Zulte Waregem en Belgique. Des saisons d’apprentissage loin des projecteurs, dans des championnats que peu de gens suivent, à construire patiemment les fondations d’une carrière que la patience seule rend possible.
Le tournant arrive lors de sa saison au TSV Hartberg, où son entraîneur le repositionne dans un double pivot. Cette décision tactique change tout. Sangaré trouve son poste, son rôle, sa façon d’exister sur un terrain. Il devient le meilleur récupérateur de Bundesliga autrichienne et de Ligue Europa Conférence. Le Rapid Vienne le recrute pour 1,7 million d’euros. Un an plus tard, le RC Lens l’achète pour 8 millions. Le multiplicateur dit tout sur la progression.
Depuis son arrivée dans le nord de la France, il est devenu le métronome des Sang et Or. Son coéquipier Amadou Haidara, également international malien, ne tarit pas d’éloges : il fait une grosse saison. C’est un pilier. Au milieu, il contrôle beaucoup de choses. La saison qu’il réalise est incroyable. Les statistiques confirment : volume de jeu exceptionnel, capacité à récupérer les ballons, impact dans la construction offensive. Snobé injustement par les trophées UNFP 2026, il a pris sa revanche là où ça compte pour l’Afrique.
En sélection, les Aigles du Mali ont tenu tête au Maroc et écarté la Tunisie au mental lors de la dernière CAN, alors que les Maliens étaient menés et réduits à dix. Sangaré était dans ce groupe. Il incarne une génération de footballeurs maliens formés au pays puis aguerris en Europe, qui portent le drapeau avec une fierté d’autant plus forte que leur pays traverse des épreuves que peu de nations connaisent.
Remporter ce prix, ça montre que tu fais de bonnes choses, que tu travailles bien, a déclaré Sangaré après la remise du trophée. C’est aussi le fruit d’un travail collectif. Il a ajouté, avec la lucidité d’un homme qui n’oublie pas d’où il vient : ça n’a pas toujours été facile depuis le début de ma carrière. La phrase est sobre. Elle dit tout sur le chemin parcouru depuis les terrains en terre de Bamako jusqu’aux pelouses de Ligue 1.
Dans un Mali qui pleure ses morts, ses villes perdues et son avenir incertain, le gaucher de Lens a donné à son pays une heure de fierté pure. Ce n’est pas rien.
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