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En marge du sommet Africa Forward des 11 et 12 mai 2026 à Nairobi, le président ivoirien Alassane Ouattara a rencontré son homologue kényan William Ruto au palais présidentiel kényan pour un échange de fond sur les défis du continent et le renforcement des relations bilatérales entre deux des économies les plus dynamiques d’Afrique subsaharienne.
La rencontre avait une portée qui dépasse le simple cadre bilatéral. La Côte d’Ivoire et le Kenya représentent deux modèles de développement africain que leurs dirigeants respectifs ont cherché à valoriser sur la scène internationale. Abidjan, première économie d’Afrique de l’Ouest francophone, affichant une croissance de 6,6% en 2025 et un PND 2026-2030 de 175 milliards d’euros. Nairobi, hub technologique et financier de l’Afrique de l’Est, première économie du continent en matière de paiements mobiles, dont le PIB a dépassé 130 milliards de dollars en 2025. Deux économies qui ne se connaissent pas encore assez, séparées par la barrière linguistique et les réflexes d’un commerce intra-africain qui reste obstinément faible.
Ouattara a insisté sur deux priorités dans cet échange. La première est l’urgence pour les régions africaines de développer des mécanismes de collaboration plus efficaces pour stimuler les échanges intra-africains. La seconde est la place centrale que doivent occuper la paix, la sécurité et la stabilité politique dans les discussions du sommet Africa Forward, en référence directe aux défis sécuritaires que traverse la sous-région, et dont le Mali voisin de la Côte d’Ivoire offre l’illustration la plus dramatique. William Ruto a évoqué les défis liés à la mobilisation des ressources financières, à la transformation du système financier international, à l’industrialisation du continent et au développement des secteurs émergents : intelligence artificielle, économie bleue et santé.
Le signal diplomatique le plus concret de cette rencontre est l’annonce d’ouvertures réciproques de représentations diplomatiques. Une ambassade kényane ouvrira prochainement à Abidjan. Une représentation ivoirienne s’installera à Nairobi. Ces deux gestes, apparemment protocolaires, ont une portée économique réelle. Les échanges commerciaux entre les deux pays restent marginaux, faute de présence diplomatique permanente permettant d’accompagner les investisseurs, de faciliter les démarches administratives et de construire les partenariats d’affaires durables que les discours des sommets annoncent mais que les absences consulaires empêchent de concrétiser.
En dehors de sa rencontre avec Ruto, Ouattara a eu des échanges avec trois autres chefs d’État : Duma Gideon Boko du Botswana, Brice Clotaire Oligui Nguema du Gabon et Joseph Nyuma Boakai du Liberia. Ces discussions bilatérales, qui portaient sur le renforcement des relations avec la Côte d’Ivoire et les enjeux du sommet, confirment le rôle de plaque tournante diplomatique qu’Abidjan occupe de plus en plus naturellement en Afrique subsaharienne. Dans un continent où les crises sécuritaires sahéliennes ont redistribué les cartes des alliances et des influences, la Côte d’Ivoire stables et en croissance devient un interlocuteur que tout le monde veut avoir dans son carnet d’adresses.
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