La Redaction | Lementor.net
Le PPA-CI a sorti le marteau. Ce mercredi 13 mai 2026, le Conseil Stratégie et Politique du parti fondé par Laurent Gbagbo a rendu publique une décision disciplinaire de grande ampleur : quatorze militants et cadres sanctionnés en une seule décision référencée n°01-2026/CSP/PPA-CI/KKJ/07052026, adoptée le 5 mai 2026 et validée par le Président du Parti. Le communiqué est signé du Secrétaire Général Tcheide Jean-Gervais. Le signal envoyé est sans ambiguïté : le PPA-CI ne tolère plus les écarts de discipline, quelle que soit la notoriété de ceux qui les commettent.
Le cas le plus scruté est celui d’Ahoua Don Mello. L’ancien ministre des Infrastructures économiques sous Laurent Gbagbo, figure connue de la gauche ivoirienne et voix régulièrement entendue dans le débat public, fait partie des trois cadres dont le dossier est renvoyé devant le Congrès, instance délibérative suprême du parti et seule habilitée à statuer définitivement sur leur sort. Avec lui, Kanga Kacou Antoine et Ahilé Fernand connaissent le même sort. Ce renvoi devant le Congrès est la sanction la plus lourde que le CSP puisse prononcer. Il ne préjuge pas de l’issue finale, mais il ouvre la porte à une exclusion définitive du parti. C’est la dernière étape avant le point de non-retour.
Onze autres militants écopent d’une suspension de douze mois fermes assortie d’une triple interdiction immédiate : aucune participation aux activités du parti, aucune prise de parole en son nom, aucune participation aux élections internes. Les noms concernés sont Kouakou Dapa Donatien, Kouamé Komoé Mesmin, Sery Soko Sarah, Amalaman Anne-Marie, Fofana Ali, Gnakpo Claver, Coulibaly Yacouba, Lago Marie-Noëlle, Guigui Clodel, Grimo Hilaire Joël et Sérikpa Nadège.
Le communiqué ne précise pas les faits reprochés à chacun des sanctionnés. Cette discrétion est conforme à la pratique des partis politiques ivoiriens, qui traitent leurs contentieux internes sans les exposer publiquement. Mais l’ampleur du mouvement, quatorze noms en une seule décision, est en elle-même un message. Ce n’est pas la gestion routinière d’un ou deux cas isolés. C’est un coup de balai systématique, une opération de nettoyage interne dont la portée symbolique dépasse la liste des personnes concernées.
Pour comprendre ce que signifie le renvoi d’Ahoua Don Mello devant le Congrès, il faut mesurer le poids de ce nom dans l’histoire du PPA-CI et de la gauche ivoirienne. Don Mello a été l’un des hommes forts du gouvernement Gbagbo, l’architecte de plusieurs projets d’infrastructures qui ont marqué la Côte d’Ivoire. Après la crise postélectorale de 2011, il a maintenu une présence publique active, intervenant régulièrement dans les débats politiques, soutenant publiquement plusieurs personnes convoquées par la justice, dont Assalé Tiémoko en avril 2026, et portant dans l’espace médiatique une parole d’opposition radicale que le PPA-CI semblait tolérer tant qu’elle restait dans les limites de sa ligne. Il semblerait que ces limites aient été franchies.
Ces sanctions interviennent dans un contexte particulier pour le PPA-CI. Le parti sortait de son premier congrès ordinaire, celui-là même auquel Stéphane Kipré avait adressé sa lettre depuis les coulisses pour appeler à la réorganisation et au dialogue. La tenue simultanée d’un congrès de refondation et d’une opération disciplinaire d’envergure dit que le parti navigue entre deux impératifs contradictoires : ouvrir l’espace interne pour récupérer les dissidents et les déçus, tout en resserrant les rangs pour présenter une ligne cohérente à l’approche des prochaines échéances électorales.
La question que ces sanctions posent sans la répondre est celle des motifs. Quels comportements ont conduit à sanctionner quatorze personnes simultanément, dont une figure aussi importante qu’Ahoua Don Mello ? Des prises de position publiques incompatibles avec la ligne du parti ? Des contacts avec d’autres formations politiques ? Une désobéissance aux consignes de l’état-major sur des dossiers précis ? Sans réponse officielle à ces questions, la décision du CSP sera interprétée différemment selon les tendances : opération de clarification nécessaire pour certains, règlement de comptes interne pour d’autres.
Le Congrès aura le dernier mot sur Ahoua Don Mello, Kanga Kacou Antoine et Ahilé Fernand. Sa date n’est pas encore annoncée. Mais pour les trois hommes visés, le compte à rebours a commencé.
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