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Le ministère ivoirien compétent a publié ce mercredi un bilan judiciaire qui mérite une lecture attentive. En 2025, 89,52% des plaintes pour viol traitées par la justice ivoirienne ont abouti à une condamnation. Ce taux de réponse judiciaire est considérable. Il dit que quand une victime porte plainte et que le dossier arrive au tribunal, il y a neuf fois sur dix une condamnation.
Ce chiffre est le fruit d’un investissement politique et institutionnel documenté. La loi de 2019 sur la répression du viol et des violences sexuelles en Côte d’Ivoire avait renforcé le cadre pénal. Les Cellules spéciales d’écoute et d’orientation des victimes de violences basées sur le genre, déployées dans les commissariats et les tribunaux, ont amélioré l’accompagnement des victimes depuis leur dépôt de plainte jusqu’au jugement. La formation des magistrats et des officiers de police judiciaire sur le traitement des affaires de violences sexuelles a réduit les taux d’abandon de procédure pour vice de forme ou insuffisance d’instruction. Et la création de chambres spécialisées dans certains tribunaux ivoiriens a accéléré les délais de traitement de ces dossiers.
Mais ce chiffre doit être lu avec un œil critique pour être pleinement utile. Un taux de condamnation de 89,52% des plaintes traitées dit quelque chose sur l’efficacité de la chaîne judiciaire quand elle est activée. Il ne dit rien sur le nombre de victimes qui n’ont pas déposé plainte. Or dans la majorité des pays africains, la sous-déclaration des violences sexuelles reste le problème central. La honte, la peur des représailles, la méfiance envers les institutions, la pression familiale et communautaire pour régler les affaires en interne, le coût des démarches judiciaires et la distance géographique aux tribunaux dans les zones rurales : tous ces facteurs font que le viol reste massivement une violence invisible dans les statistiques officielles malgré sa réalité documentée sur le terrain.
Le vrai baromètre du progrès dans ce domaine ne sera pas le taux de condamnation des plaintes déposées. Il sera le nombre absolu de plaintes déposées, indicateur de la confiance que les victimes accordent aux institutions pour les protéger et leur rendre justice. Si ce nombre augmente, c’est que les victimes croient de plus en plus que porter plainte vaut la peine. Et c’est là que se mesure vraiment la qualité d’un État de droit.
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