Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a des polémiques qui méritent une réponse à leur niveau. Celle que Jean-Luc Mélenchon a tenté de provoquer en s’attaquant aux institutions ivoiriennes n’en fait pas partie. Non par mépris pour le débat démocratique. Mais parce que la nature du geste dit tout sur sa finalité : un homme politique en campagne permanente qui cherche un front de journal, pas un interlocuteur sérieux.
Les faits sont établis. Lors d’un meeting à Paris, le président de La France Insoumise a qualifié la réélection d’Alassane Ouattara d’anticonstitutionnelle et accusé le président ivoirien d’avoir écarté ses adversaires lors de la présidentielle d’octobre 2025. L’ambassade de Côte d’Ivoire en France a répondu le 16 juillet 2026 par un communiqué signé de l’ambassadeur Maurice Kouakou Bandaman qualifiant les propos d’irresponsables, d’irrévérencieux et d’insultants envers les Ivoiriens et leur président, et annonçant une action en droit. La réponse était nécessaire. Elle était juste dans son ton et précise dans ses termes. Elle n’avait pas à être plus longue.
Mélenchon n’est pas un spécialiste de la gouvernance africaine. Il n’a pas de mission diplomatique. Il n’a pas de mandat populaire en Côte d’Ivoire. Il n’a pas consulté les acteurs politiques ivoiriens avant de parler. Il n’a pas lu les décisions du Conseil constitutionnel ivoirien sur les candidatures de la présidentielle de 2025. Ce qu’il a, c’est une campagne présidentielle française en cours de construction, une base électorale dans laquelle la diaspora africaine pèse, et un sens aigu de la provocation médiatique qui lui réussit depuis des années mieux que ses programmes. Ses déclarations sur la Côte d’Ivoire ne procèdent pas d’une analyse sérieuse. Elles procèdent d’un calcul d’audience. Dire quelque chose de fort sur un pays africain perçu comme proche de Paris, c’est occuper un espace symbolique dans un débat intérieur français. Abidjan n’est pas l’objet de ce discours. Abidjan en est le prétexte.
Ce qui est particulièrement congru dans ce type de prise de parole, c’est précisément son incongruité. Un opposant français qui commente depuis un pupitre parisien la constitutionnalité d’une élection souveraine tenue en Côte d’Ivoire, validée par les institutions ivoiriennes compétentes, opère une confusion entre deux registres qui n’ont rien à voir. Le premier registre est celui du débat politique interne français, où critiquer les gouvernements africains perçus comme alliés de Paris est une posture bien établie à gauche depuis des décennies. Le second registre est celui des relations entre États souverains, où un responsable politique d’un pays étranger ne peut pas s’arroger le droit de statuer sur la légalité des scrutins d’un autre pays sans mandat ni compétence. Mélenchon a mélangé les deux. Délibérément. Parce que la confusion produit de la visibilité.
Il faut nommer avec précision ce type de discours pour ce qu’il est. Ce n’est pas de la solidarité africaine. Ce n’est pas du panafricanisme. C’est de l’instrumentalisation. Les Africains de France qui votent pour La France Insoumise ne votent pas pour que Mélenchon commente les élections de leurs pays d’origine depuis un meeting de campagne. Ils votent sur des enjeux français, logement, emploi, racisme, inégalités. Utiliser leurs origines et leurs pays pour faire des effets de manche électoraux, c’est exactement le type de paternalisme politique que les Africains dénoncent depuis des décennies chez les responsables politiques français, quelle que soit leur couleur idéologique.
Ce que révèle cette séquence sur la Côte d’Ivoire mérite d’être dit clairement. Un pays qui vient de mobiliser 47 820 milliards de FCFA lors du groupe consultatif international des 8 et 9 juillet 2026. Un pays dont le FMI a validé le faible risque de surendettement en juin. Un pays dont les Éléphants ont atteint les huitièmes de finale d’une Coupe du monde pour la première fois de leur histoire. Un pays dont le Premier ministre Robert Beugré Mambé gère simultanément la saison des pluies la plus meurtrière depuis des années, la réforme électorale, les préparatifs du 7 août à Yopougon et le suivi des engagements du PND. Un pays qui prépare sa candidature à la sortie de la liste grise du GAFI en octobre 2026. Ce gouvernement-là n’a pas le temps de se battre sur le terrain choisi par un candidat à l’Élysée en quête de visibilité. Et il a raison de ne pas le faire au-delà du communiqué diplomatique qui s’imposait.
Le discours politique de qualité se reconnaît à sa capacité à élever le débat plutôt qu’à le rabaisser. Mélenchon a choisi de rabaisser. Il a attaqué un chef d’État étranger depuis un meeting de campagne, sans contradicteur, sans preuve documentée, sans connaissance vérifiable des faits ivoiriens, en sachant pertinemment que le cadre d’un meeting partisan ne souffre pas la contradiction. C’est le profil exact du discours congru dans sa forme et incongru dans son fond : structurellement organisé pour produire de l’effet, intellectuellement vide de substance réelle.
La Côte d’Ivoire a répondu par son ambassadeur. C’était la bonne réponse. Proportionnée, officielle, juridiquement engagée. Elle dit ce qui devait être dit sans s’abaisser à la polémique médiatique que Mélenchon appelait de ses vœux. Car la vraie réponse à un discours de cacophonie politique n’est pas une contre-cacophonie. C’est le travail. La Côte d’Ivoire qui construit des centrales solaires, qui réhabilite ses barrages, qui structure ses filières agricoles et minières, qui prépare sa jeunesse pour l’économie de demain, qui reçoit les investisseurs du monde entier: cette Côte d’Ivoire-là est infiniment plus éloquente que n’importe quelle joute verbale avec un politique parisien en campagne. Le bruit de Mélenchon s’éteindra avec le cycle médiatique qui l’a produit. Les chantiers du PND 2026-2030, eux, dureront. Et c’est cela que l’histoire retiendra.
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