Par La Rédaction | ementor.net
Ce samedi 25 juillet 2026 au King Fahd Palace de Dakar, Bassirou Diomaye Faye a officiellement lancé son parti politique baptisé Kiiraay, les Patriotes républicains. L’Assemblée générale constitutive a réuni les leaders de la coalition Diomaye Président, les 306 maires des 14 régions qui avaient initié ce processus le 3 juillet, les responsables de nouvelles formations politiques ralliées à la majorité présidentielle et des délégués venus de toute la diaspora sénégalaise. La coalition Diomaye Président cesse d’exister en tant que telle. Elle devient Kiiraay. Et le paysage politique sénégalais ne sera plus jamais le même.
Kiiraay est un mot wolof. Il signifie la semence, la graine que l’on confie à la terre avec la patience de celui qui sait que la récolte viendra. Ce choix du wolof dit quelque chose d’intentionnel : un président qui puise dans la langue nationale la plus parlée du Sénégal pour nommer son parti dit qu’il veut ancrer son projet dans la culture populaire sénégalaise plutôt que dans la tradition des partis politiques francophones hérités de la décolonisation. Ce choix dit aussi quelque chose sur la communication politique de Diomaye Faye depuis son élection en mars 2024 : un homme qui parle simplement, qui se réclame de ses origines paysannes et qui transforme sa biographie personnelle en programme politique.
Son discours de lancement l’a confirmé avec une cohérence remarquable. J’ai été un enfant de Ndiaganiao, a-t-il dit depuis la tribune du King Fahd Palace. Je viens d’une famille de paysans. C’est dans ce monde-là, bien avant les livres, que j’ai reçu mes premières leçons de politique. Cette phrase, prononcée par le président de la République sénégalaise dans l’une des salles les plus prestigieuses de Dakar, dit le paradoxe assumé d’un homme qui gouverne depuis les palais mais dont l’identité politique revendiquée est celle du village. Il a prolongé cette métaphore agricole avec une image qui dit l’essentiel de sa stratégie politique : chez nous, un paysan ne passe pas sa saison à maudire l’herbe folle. Me voici donc au champ. Sans nommer Sonko, Diomaye Faye a dit ce qu’il pense de la guerre institutionnelle qui l’oppose à son ancien Premier ministre. Il ne perdra pas son temps à se battre. Il va travailler. Et le temps, dit-il, est le plus honnête des juges.
Pour comprendre la portée historique de ce samedi 25 juillet, il faut revenir à ce qu’était la situation de Diomaye Faye il y a seize mois. Élu en mars 2024 sur la vague Diomaye mooy Sonko avec 54 % des suffrages au premier tour, il gouvernait avec un Premier ministre qui était son créateur politique, son mentor, le véritable architecte de sa victoire. Il n’avait pas de parti propre. Il n’avait pas de réseau local indépendant. Il n’avait que la légitimité de l’élection et la coalition hétérogène qui l’avait portée. En seize mois, il a tout changé. Il a limogé Sonko le 22 mai 2026. Il a formé un gouvernement sans PASTEF. Il a réuni 306 maires derrière lui. La coalition Diomaye Président a tenu son Conseil des leaders le 19 juillet 2026 et voté la transformation en parti. Et ce 25 juillet, Kiiraay, les Patriotes républicains, est né.
Ce nom complet mérite d’être lu dans sa totalité. Kiiraay pour la semence, l’enracinement dans la culture wolof et dans les terroirs sénégalais. Les Patriotes pour l’ancrage national et la revendication d’une souveraineté que la rhétorique souverainiste post-Macky Sall a rendue centrale dans le débat politique sénégalais. Républicains pour le cadre institutionnel que Diomaye Faye veut incarner face à PASTEF dont certains comportements ont été perçus comme anti-institutionnels. Ce triptyque dit une ligne politique précise : patriotisme ancré dans les terroirs, souveraineté nationale assumée, respect des institutions républicaines. C’est le contraire exact de ce que représente PASTEF dans la perception de ceux qui ont quitté ce parti ou qui n’y ont jamais adhéré.
La naissance de Kiiraay produit une clarification immédiate sur plusieurs membres du gouvernement Al Aminou Lo qui se retrouvent face à un test de loyauté sans ambiguïté. Déthié Fall, Moustapha Guirassy et Cheikh Tidiane Dièye, tous trois ministres issus de formations politiques distinctes de PASTEF mais jusqu’ici membres de la coalition présidentielle, doivent maintenant décider s’ils rejoignent Kiiraay, s’ils maintiennent leur appartenance à leurs partis d’origine, ou s’ils naviguent dans la zone grise d’une solidarité gouvernementale sans adhésion partisane. Leurs décisions dans les prochains jours diront beaucoup sur la capacité de Diomaye Faye à agréger autour de Kiiraay des profils politiques divers au-delà de sa base initiale.
La question constitutionnelle reste suspendue en arrière-plan de ce lancement. La révision constitutionnelle adoptée le 29 juin par l’Assemblée nationale de Sonko, et invalidée le 9 juillet par le Conseil constitutionnel pour vice de procédure, prévoyait notamment l’interdiction pour le président de la République de diriger simultanément un parti politique. Si cette disposition avait été validée, Diomaye Faye n’aurait pas pu aujourd’hui lancer son parti ou aurait été contraint d’en déléguer la direction dès sa création. L’invalidation par le Conseil constitutionnel a effacé cet obstacle. Elle a libéré le calendrier politique de Diomaye Faye. Et il n’a pas perdu une semaine pour en profiter.
Sonko de son côté garde la main sur PASTEF qui dispose toujours de 130 des 165 sièges à l’Assemblée nationale. Cette majorité parlementaire reste son arme principale dans le bras de fer institutionnel. Le vote de confiance au gouvernement Al Aminou Lo, qui doit intervenir avant le 25 août 2026, sera le premier grand test de la nouvelle configuration. Comment PASTEF votera-t-il face à un gouvernement dont le président vient de lancer son propre parti le même jour que cette Assemblée générale constitutive ? La réponse de Sonko dans les prochains jours à ce lancement dira si la guerre entre les deux hommes entre dans une nouvelle phase ou si un espace de coexistence prudente est encore possible.
Ce que Kiiraay, les Patriotes républicains, représente pour le Sénégal politique de 2026 est fondamental. Pour la première fois depuis l’élection de mars 2024, il y a dans ce pays un paysage politique lisible avec deux pôles clairement identifiés. PASTEF de Sonko, son contrôle de l’Assemblée nationale, sa base militante la plus jeune et la plus urbaine du pays. Kiiraay de Diomaye, la présidence de la République, le gouvernement, les 306 maires des 14 régions, le soutien de la CEDEAO dont il est le président en exercice depuis le 19 juillet, et maintenant un parti structuré avec des statuts, un règlement intérieur et des instances dirigeantes installées. Les élections municipales de 2027 seront la première mesure réelle des forces de chacun. Elles diront si la semence de Kiiraay a pris racine ou si le pouvoir parlementaire de PASTEF domine encore la réalité politique du terrain.
Vous avez raison. Je reprends chaque article pour le développer à la hauteur d’une page A4 minimum.
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