Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a des moments dans l’histoire des nations où l’image vaut tous les discours. Ce que le 7 août 2026 à Yopougon produira dans les tribunes officielles dira en quelques secondes ce que quinze ans de palabres sur la réconciliation nationale n’ont pas encore dit clairement.
La réconciliation ivoirienne est une œuvre inachevée. La Commission dialogue vérité et réconciliation dont le rapport rendu en 2014 avait documenté les violations des droits humains sans produire de mécanisme de justice transitionnelle réel. Le retour de Gbagbo en 2021 qui avait dit que l’apaisement était possible mais n’avait pas dit ce que chaque camp devait concéder pour qu’il soit durable. Les libérations successives de militants du PDCI et du PPA-CI depuis janvier 2026, dont six cadres du PDCI libérés le 20 juillet et Moïse Lida Kouassi libéré le 6 juillet, qui disent que le gouvernement gère les tensions par la flexibilité judiciaire plutôt que par un accord global. Ces éléments dessinent une réconciliation gérée au cas par cas, selon les opportunités politiques, sans architecture d’ensemble.
Ce contexte donne à l’invitation du 7 août une portée qui dépasse la journée elle-même. Si les tribunes de Yopougon réunissent Ouattara, Gbagbo, Thiam et Blé Goudé, quatre hommes dont les trajectoires ont défini et meurtri l’histoire politique ivoirienne depuis vingt ans, cette image dira que la Côte d’Ivoire a choisi de vivre ensemble malgré tout. Elle ne guérira pas les blessures. Elle ne résoudra pas les contentieux judiciaires encore ouverts, l’instruction de l’affaire Koumassi Campement à la section antiterroriste, les dossiers des militants encore détenus, les questions de réparation toujours sans réponse. Mais elle dira que l’on peut partager le drapeau même quand on ne partage pas le pouvoir. Dans un pays qui a connu la guerre civile il y a quinze ans, c’est déjà une déclaration politique forte.
Si les tribunes sont incomplètes, si le PPA-CI s’abstient, l’image sera différente. Elle dira que la réconciliation reste sélective, conditionnelle, gérée selon les intérêts du moment. Elle alimentera la narrative de Gbagbo sur une Côte d’Ivoire à deux vitesses, celle qui est dans les tribunes et celle qui est exclue. Et elle donnera au PPA-CI un argument pour les municipales de 2027 : nous ne sommes pas invités à la table, alors pourquoi vous asseoir à la nôtre ?
Ce que le 7 août révèle au fond sur la réconciliation ivoirienne, c’est son caractère volontariste et fragile. Elle tient tant que les acteurs y trouvent leur intérêt. Elle se fissure dès que les calculs électoraux l’emportent sur la vision commune. La fête nationale est le seul moment où le pays entier regarde dans la même direction. Ce que cette direction montrera dans les tribunes de Yopougon dira si la réconciliation ivoirienne est une conviction partagée ou une négociation permanente dont personne n’assume encore entièrement le coût.
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