Par La Rédaction | Lementor.net
Ce matin jeudi 30 juillet 2026, toute la classe politique ivoirienne attendait un verdict. Le tribunal de première instance d’Abidjan a renvoyé l’affaire TchéTché Abié Charles et Siaba Antoine Constant contre Tidjane Thiam au 22 octobre 2026. Pas de verdict. Un troisième report. Et une épée de Damoclès qui reste suspendue au-dessus de la tête du président du PDCI-RDA pendant encore trois mois.
Ce renvoi n’est pas anodin dans son calendrier. Le 22 octobre 2026 tombe en pleine période de préparation des municipales de 2027 dont les premières échéances internes au PDCI, dépôts de candidatures, désignation des têtes de liste, négociations d’alliances locales, se situent précisément dans ce créneau. Un parti dont le président est sous pression judiciaire permanente ne peut pas mener une campagne avec la sérénité qu’elle exige. Ses adversaires le savent. Le RHDP dominant le sait encore mieux.
Pour comprendre ce que ce renvoi change et ne change pas, il faut revenir aux arguments précis du dossier. Charles Abié TchéTché, membre du Bureau politique du PDCI depuis 1984 et coordonnateur général de la délégation de Gagnoa, a bâti sa procédure sur deux axes statutaires distincts. Le premier repose sur l’article 41 des statuts du parti qui exige dix ans d’ancienneté au Bureau politique pour prétendre à la présidence. Thiam, rentré en Côte d’Ivoire en 2023 après une carrière internationale dans la finance, ne remplit objectivement pas cette condition dans une lecture stricte des textes. Le second argument, plus explosif politiquement, invoque la nationalité française acquise par Thiam par naturalisation en février 1987 et la loi ivoirienne sur les partis politiques qui considère cette acquisition comme rédhibitoire pour diriger une formation nationale. Ces deux arguments n’ont pas disparu avec le renvoi. Ils seront soumis aux juges le 22 octobre. La direction du parti a gagné du temps. Elle n’a pas gagné le procès.
La mobilisation de la direction autour de Thiam avant cette audience dit l’inquiétude réelle que le verdict suscitait dans ses rangs. Le secrétaire exécutif en chef Yapo Calice avait mobilisé les délégations sur l’ensemble du territoire depuis le 18 juillet en scandant il n’y a pas une autre option que Tidjane Thiam. Un meeting de soutien a été organisé au Stade Robert Champroux de Marcory le 26 juillet. Et selon Business Actuality, des dispositions avaient déjà été prises en coulisses pour organiser rapidement un 10ème congrès extraordinaire destiné à réélire Thiam dans les formes légales requises si le tribunal validait les arguments de TchéTché. Ce plan B reste sur la table. Il dit que la direction ne faisait pas pleinement confiance à l’issue de l’audience.
Le renvoi au 22 octobre soulève une question que personne dans les milieux politiques ivoiriens ne formule publiquement mais que tous se posent en privé : pourquoi un troisième report ? Les tribunaux ivoiriens renvoient des affaires pour des raisons légitimes, nouveaux éléments versés au dossier, demande de renvoi de l’une des parties, indisponibilité d’un magistrat, complexité du dossier. Mais trois reports successifs dans une affaire qui touche directement le fonctionnement du principal parti d’opposition à deux ans des municipales créent une impression de gestion du temps judiciaire qui alimente les commentaires des observateurs politiques. La justice doit son travail à la transparence autant qu’à la rigueur.
Ce que le 22 octobre dira dépendra non seulement des arguments juridiques mais de la capacité de la direction du PDCI à consolider son argumentaire pendant ces trois mois. Si le tribunal déboute TchéTché, Thiam sort consolidé et la menace judiciaire est épuisée sur ces arguments. Si le tribunal lui donne raison, le parti entre dans une période de turbulences dont ni la durée ni l’issue ne peuvent être anticipées avec certitude. Ce qu’on sait avec certitude, c’est que le PDCI aborde la préparation des municipales de 2027 dans cet état : un président contesté en justice, des structures locales sous tension documentée à Tiassalé, Gagnoa et Yopougon, et un RHDP qui observe, qui attend et qui continuera de profiter de chaque heure de paralysie de l’opposition principale.
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