La rédaction | Lementor.net
Le 18 janvier 2026 au Complexe Moulay Abdellah de Rabat, il s’est passé quelque chose qui a embarrassé tout le continent africain. En fin de match de la finale de la CAN 2025, après qu’un penalty controversé a été accordé au Maroc dans le temps additionnel et qu’un but de Ismaïla Sarr a été annulé, le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw a ordonné à ses joueurs de quitter la pelouse. Tout le groupe a obéi. Supporters envahissant le terrain, confusion totale dans les tribunes, match suspendu plusieurs minutes. Le Sénégal est finalement revenu, le penalty marocain a été manqué, et les Lions ont remporté le titre en prolongation.
Trois mois plus tard, ce moment a changé les règles du football mondial.
Ce mardi à Vancouver, réunie en session extraordinaire à la demande de la FIFA, l’IFAB a adopté une règle directement inspirée de cet incident. Désormais, tout joueur quittant le terrain pour protester contre une décision arbitrale prend un carton rouge immédiat. Tout membre du staff qui incite les joueurs à quitter le terrain est également expulsé. Une équipe qui provoque l’abandon d’un match est déclarée perdante d’office. Ces règles s’appliquent dès le Mondial 2026.
Ce n’est pas une coïncidence de calendrier. C’est une réponse directe, nommée, assumée par la FIFA elle-même. Gianni Infantino avait dès le lendemain de la finale qualifié le comportement sénégalais d’inadmissible et demandé à la CAF de prendre des mesures. La CAF a agi. Elle a attribué une victoire sur tapis vert au Maroc et décerné le titre aux Lions de l’Atlas. Le Sénégal a saisi le Tribunal arbitral du sport pour contester cette décision. Le dossier est toujours ouvert. Et pendant que les avocats s’affrontent à Lausanne, Vancouver a tranché pour l’avenir.
La question que beaucoup posent est précise et légitime. Le Sénégal perdra-t-il définitivement son titre au profit du Maroc ? La réponse se joue sur deux fronts simultanés. D’un côté, le TAS qui examine le recours sénégalais contre la décision de la CAF. De l’autre, les procédures disciplinaires de la CAF contre les joueurs et le staff sénégalais, dont plusieurs médias évoquent des suspensions potentielles de quatre à six matchs qui pourraient affecter la disponibilité des Lions au Mondial. Ce deuxième front est le plus concret et le plus immédiat : si des joueurs clés du Sénégal se retrouvent suspendus en juin prochain, c’est toute la compétitivité de l’équipe qui en pâtit.
Ce que cette affaire révèle sur l’état du football africain est plus inconfortable encore. Une finale continentale transformée en crise institutionnelle. Des joueurs quittant le terrain comme si le stade était leur couloir privé. Des supporters envahissant la pelouse sans être arrêtés. Et une confédération qui met trois mois à rendre un verdict sur l’un des incidents les plus graves de son histoire récente. La FIFA a décidé de ne plus attendre que les instances africaines se ressaisissent seules. Elle a changé les règles pour tout le monde parce qu’une équipe africaine a offert le pire exemple possible au moment le plus visible possible.
Pour la Côte d’Ivoire, cette séquence a une résonance particulière. Les Éléphants ont remporté la CAN 2023 chez eux avec discipline, avec collectif, sans aucun de ces débordements qui font honte au football africain. Ce que Bamako, Dakar ou Rabat retiennent de la CAN 2025, Abidjan l’avait évité deux ans plus tôt. Et les nouvelles règles de Vancouver, qui punissent sévèrement l’indiscipline et récompensent le respect des décisions arbitrales, correspondent exactement au football que les Éléphants ont l’habitude de pratiquer.
Le Mondial commence dans quarante-quatre jours. Le titre de la CAN est peut-être encore en jeu devant un tribunal suisse. Et quelque part dans les bureaux de la CAF, des dossiers disciplinaires attendent leur verdict. Le football africain a rarement connu une préparation aussi agitée avant une grande compétition mondiale.
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