La rédaction | Lementor.net
Le Conseil des ministres du 29 avril 2026 a validé une réforme qui ne fait pas la une mais qui compte dans la compétition que se livrent les aéroports d’Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire réduit de 25% ses redevances aéronautiques sur les vols opérés à l’intérieur de la CEDEAO. Redevance passagers, redevance sûreté — les deux postes qui pèsent le plus directement sur le coût d’un billet intra-régional.
Ce n’est pas une décision isolée. Elle s’inscrit dans la mise en oeuvre de l’acte communautaire adopté en décembre 2024 par la CEDEAO, qui fixe une politique commune de tarification du transport aérien en Afrique de l’Ouest. Abidjan est l’un des premiers à passer des engagements aux actes. La réforme introduit une grille tarifaire harmonisée couvrant les vols domestiques, les liaisons africaines hors CEDEAO et les dessertes intercontinentales. Mais c’est sur le trafic intra-ouest-africain que l’effort est le plus marqué — et c’est là que l’enjeu économique est le plus réel.
Le transport aérien régional en Afrique de l’Ouest souffre d’un mal structurel bien documenté. Les taxes et redevances aéroportuaires représentent une part disproportionnée du prix d’un billet entre deux capitales voisines. Voyager d’Abidjan à Accra, d’Abidjan à Dakar ou d’Abidjan à Conakry coûte souvent plus cher qu’un vol entre deux villes européennes séparées par la même distance. Cette anomalie freine la mobilité, étouffe les échanges commerciaux, et ralentit l’intégration économique que la CEDEAO prêche depuis des décennies dans ses textes sans toujours la pratiquer dans ses aéroports.
En abaissant ses coûts, Abidjan envoie un signal concret aux compagnies qui hésitent entre plusieurs hubs régionaux pour développer leurs liaisons. Un aéroport moins cher à desservir, c’est un aéroport plus attractif pour les fréquences, les nouvelles routes, les correspondances. C’est comme ça que Lagos, Nairobi et Addis-Abeba ont construit leur domination sur le transport aérien continental — pas uniquement par la taille de leur marché intérieur, mais par une politique tarifaire qui rendait leurs plateformes compétitives pour les compagnies étrangères.
Abidjan a tous les atouts d’un hub de premier plan. Une position géographique centrale en Afrique de l’Ouest. Un aéroport en expansion. Une croissance économique qui génère du trafic d’affaires. Ce qui lui manquait, c’était une politique tarifaire à la hauteur de ses ambitions. La réforme du 29 avril commence à combler ce manque.
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