La rédaction | lementor.net
Le 13 mars 2016, des terroristes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique ouvraient le feu sur les plages de Grand-Bassam, première capitale historique de la Côte d’Ivoire. Dix-neuf personnes étaient tuées, dont des ressortissants de plusieurs nationalités. C’était la première grande attaque terroriste sur le sol ivoirien. Elle avait révélé une vulnérabilité que personne ne voulait vraiment nommer, et forcé le pays à regarder en face une menace que la prospérité relative semblait tenir à distance.
Dix ans plus tard, Téné Birahima Ouattara, Vice-Premier ministre et ministre de la Défense, a accordé à Jeune Afrique un entretien dans lequel il dresse le bilan des avancées ivoiriennes en matière de lutte antiterroriste. L’entretien paraît dans un contexte régional particulièrement chargé : le Mali vient de vivre les attaques les plus graves depuis 2012, avec six villes simultanément frappées le 25 avril 2026, et la sous-région tout entière mesure la progression du jihadisme vers les États côtiers du Golfe de Guinée.
Ce que Téné Birahima Ouattara décrit dans cet entretien, c’est une transformation profonde de l’appareil sécuritaire ivoirien en dix ans. La réponse à Grand-Bassam n’a pas été seulement militaire. Elle a été systémique. Sur le plan militaire, les effectifs déployés dans la région des Savanes ont été considérablement renforcés. Une loi de programmation militaire a permis le rajeunissement et la modernisation des Forces armées de Côte d’Ivoire, avec des équipements nouveaux, une formation repensée et une doctrine opérationnelle adaptée à la menace asymétrique. Des unités spécialisées dans la lutte antiterroriste ont été créées et entraînées avec l’appui de partenaires internationaux, notamment dans le cadre du programme Obangame Express et des exercices conjoints franco-ivoiriens Touraco.
Sur le plan du renseignement, la Côte d’Ivoire a renforcé ses capacités de surveillance des zones frontalières, notamment aux abords de la frontière burkinabè dans le département de Téhini, zone d’où étaient parties plusieurs des attaques les plus meurtrières. Des protocoles d’alerte précoce ont été mis en place en liaison avec les communautés locales, dont le rôle dans la détection des mouvements suspects est désormais institutionnalisé.
Sur le plan social, des programmes de développement ciblés ont été déployés dans le nord du pays, visant à réduire la pauvreté et le chômage des jeunes dans les zones frontalières. L’analyse est simple et documentée : un jeune qui a un emploi, une formation et une perspective est moins vulnérable au recrutement jihadiste qu’un jeune sans ressources et sans avenir.
Téné Birahima Ouattara reconnaît dans cet entretien que la menace n’a pas disparu. Elle a évolué. La stratégie d’encerclement au sud du Burkina Faso, documentée par plusieurs observatoires du terrorisme sahélien, exerce une pression croissante sur les zones frontalières ivoiriennes. Les événements du Mali du 25 avril 2026 ont montré avec brutalité jusqu’où peut aller cette menace quand un État ne dispose plus des capacités ou des alliances nécessaires pour y résister.
Ce que la Côte d’Ivoire a compris depuis Grand-Bassam, et que l’entretien du ministre de la Défense illustre clairement, c’est que la sécurité n’est pas un état qu’on atteint. C’est un effort permanent qui combine la force militaire, le renseignement, le développement économique et la cohésion sociale. Dix ans après les plages de Grand-Bassam, ce modèle ivoirien est observé avec attention par tous les États côtiers qui voient le jihadisme progresser dans leur direction.
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