La rédaction | Lementor.net
Il y a des communiqués qui ne ressemblent à aucun autre. Celui publié jeudi 30 avril par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans est de ceux-là. Rédigé en français, ce qui est en soi inhabituel pour un groupe qui communique ordinairement en arabe et en bambara, il s’adresse non pas aux combattants ennemis mais à la société malienne dans son ensemble. « Nous appelons tous les patriotes sincères, sans distinction aucune, à se lever et à unir nos forces dans un front commun. » Et la liste de ceux qu’il invite à rejoindre ce front est vertigineuse : « les partis politiques, les forces armées nationales, les autorités religieuses, les chefs traditionnels et toutes les composantes de la société malienne. »
Ce texte n’est pas un communiqué de guerre. C’est un appel à la révolution.
Cinq jours après l’offensive du 25 avril qui a tué le ministre de la Défense dans sa propre résidence, blessé le chef du renseignement et le chef d’état-major, exfiltré Assimi Goïta de son quartier général de Kati, et fait tomber Kidal entre les mains du FLA, le JNIM choisit d’ouvrir un deuxième front. Non plus militaire, mais politique. Il ne cherche plus seulement à vaincre l’armée malienne sur le terrain. Il cherche à la convaincre de changer de camp. Il cherche à persuader les religieux, les chefs traditionnels, les partis politiques que la junte est l’ennemi commun et que la convergence contre elle est possible, légitime, nécessaire.
Ce choix du français dans ce communiqué est un signal en lui-même. En s’adressant en français, le JNIM ne parle pas aux populations rurales du nord ou du centre du Mali. Il parle aux élites urbaines de Bamako, aux officiers instruits des Forces armées maliennes, aux intellectuels, aux juristes, aux diplomates qui suivent la situation depuis l’étranger. Il leur dit : vous avez une responsabilité dans ce qui se passe. Vous pouvez choisir. La junte n’est pas inévitable.
Ce qu’il faut comprendre dans cette stratégie, c’est qu’elle n’est pas nouvelle dans l’histoire des conflits asymétriques. Quand un groupe armé sent qu’il ne peut pas vaincre militairement à court terme, il cherche à éroder la légitimité du pouvoir en place en ciblant sa base sociale. Les militaires maliens se battent-ils pour leur pays ou pour une junte dont les généraux sont morts dans leurs lits et dont le président se fait exfiltrer la nuit ? Cette question, posée par le JNIM à travers son communiqué, est précisément celle que des soldats maliens ordinaires se posent peut-être eux-mêmes en ce moment.
La réponse de l’AES sur le plan militaire est venue mercredi — des campagnes aériennes intenses dans le nord du Mali, menées conjointement par les forces du Niger, du Burkina Faso et du Mali. Des frappes sur les positions du JNIM et du FLA dans les zones septentrionales. C’est la première opération militaire coordonnée des trois pays de l’Alliance depuis les attaques du 25 avril. Elle dit que la solidarité de l’AES existe, au moins dans les cockpits. Mais sur le terrain, Kidal reste aux mains des rebelles. Africa Corps a confirmé son retrait. Et le blocus de Bamako continue.
Ce que ce conflit est en train de démontrer au reste de l’Afrique de l’Ouest, et à la Côte d’Ivoire en particulier, c’est que la nature de la guerre sahélienne a changé. Elle n’est plus seulement une guerre de territoire. C’est une guerre de légitimité, d’adhésion, de récit national. Le JNIM a compris quelque chose que les juntes sahéliennes n’ont pas encore intégré — qu’on ne gagne pas une guerre contre des populations qui vous soutiennent, mais qu’on peut très rapidement perdre une guerre contre des populations qu’on a cessé de convaincre.
Assimi Goïta est réapparu. Il a rencontré l’ambassadeur russe. Il a prononcé un discours. Mais aucun de ces actes ne répond à la vraie question que le communiqué du JNIM a posée jeudi soir à la société malienne. Et cette question, maintenant qu’elle est posée en français, pour tout le monde, ne disparaîtra pas d’elle-même.
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