La rédaction | Lementor.net
Il y a des victoires silencieuses qui méritent d’être dites à voix haute. En 2022, le paludisme tuait 1 534 personnes en Côte d’Ivoire. En 2025, ce chiffre est tombé à 125. Douze fois moins de morts. En trois ans. Dans un pays de 30 millions d’habitants où la maladie représente encore 30% des motifs de consultation dans les structures de santé et demeure la première cause de morbidité chez les enfants de moins de cinq ans.
Cette victoire n’a pas été annoncée dans un discours de sommet international. Elle a été présentée samedi 25 avril 2026 à Anyama, lors de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, par le ministre de la Santé Pierre N’gou Dimba, devant des agents de santé, des chefs traditionnels, des partenaires techniques et des maires. Loin des tribunes mondiales. Dans une commune d’Abidjan choisie précisément parce qu’elle représente les zones les plus exposées — humidité, eaux stagnantes, habitat dense. Un symbole de terrain pour une victoire de terrain.
Ce résultat ne tient pas à un seul facteur. Il tient à une accumulation de décisions prises au fil des années et dont les effets se sont additionnés jusqu’à produire ce chiffre.
La première est la moustiquaire. En 2012, à peine 33% de la population ivoirienne dormait sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide. En 2021, ce taux avait atteint 68%. En 2025, il est à 81,3%. Ce bond de 33 à 81 en treize ans dit quelque chose d’essentiel sur le changement de comportement collectif dans ce pays. La prévention, longtemps perçue comme contraignante, est devenue peu à peu un réflexe. Une norme sociale. Quand plus de huit Ivoiriens sur dix dorment sous une moustiquaire, le moustique n’a plus les mêmes chances.
La deuxième décision est historique. En juillet 2024, la Côte d’Ivoire est devenue le premier pays de la région africaine de l’OMS à introduire le vaccin R21 dans son calendrier vaccinal de routine — un vaccin antipaludique avec une efficacité de 98% dans la prévention des formes graves chez les enfants de moins de deux ans. À mi-juillet 2025, 650 000 enfants avaient déjà été vaccinés. En juillet 2025, le passage à l’échelle nationale a été effectif, couvrant les 113 districts sanitaires du pays. Chaque enfant né en Côte d’Ivoire bénéficie désormais de cette protection dès ses premiers mois de vie.
La troisième est la chimioprévention saisonnière. Plus de trois millions d’enfants reçoivent chaque année un traitement préventif pendant les mois de forte transmission. Ce programme, combiné aux traitements préventifs pour les femmes enceintes, a réduit significativement les cas graves et les hospitalisations dans les zones les plus endémiques.
Enfin, il y a l’investissement dans le diagnostic. Ce 25 avril, 60 centres de santé ont reçu des microscopes pour améliorer la détection et la prise en charge des cas. Des véhicules ont été remis à sept districts sanitaires. L’infrastructure de terrain se renforce. Ce n’est pas spectaculaire. C’est décisif.
L’incidence nationale reste cependant à 231 cas pour 1 000 habitants en 2025, en baisse par rapport aux 270 cas de 2024 mais encore loin de l’objectif d’élimination. À Abidjan, la densité urbaine et les conditions d’assainissement maintiennent un taux de 100 cas pour 1 000 habitants. Le chemin vers 2030 et l’objectif d’une Côte d’Ivoire sans paludisme est encore long. Les partenaires du Fonds mondial ont salué la capacité du pays à honorer ses engagements de cofinancement, quand d’autres nations peinent à les respecter. Cette rigueur financière dans la santé publique est elle aussi une décision politique qui paie.
1 534 morts en 2022. 125 en 2025. Ces chiffres ne figurent dans aucun titre d’élection. Ils ne font l’objet d’aucun slogan de campagne. Mais quelque part dans les familles ivoiriennes qui n’ont pas perdu un enfant cette année à cause d’une fièvre qui monte trop vite dans la nuit, ils existent. Silencieux et concrets.
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