Adama Ouédraogo Damiss
Dans une vidéo qui circule sur la toile, le chef d’état-major général des forces armées burkinabè, le général Moussa Diallo, déclarait avec assurance et force conviction :
« Nous sommes l’AES. Tous ceux qui tenteront de s’en prendre à cet espace trouveront face à eux la force unifiée. Je pense que le message est clair et que chacun en a pris acte. »
Oui, le message était clair. Et il a manifestement été entendu par les groupes armés terroristes, qui ont sans doute voulu y répondre sans délai, en menant des attaques complexes et simultanées dans plusieurs localités du Mali : Kidal, Gao, Mopti, Sévaré et Kati. Le bilan est glaçant, au regard des images authentiques qui circulent et témoignent de l’horreur des événements.
Parmi les victimes figurent des personnalités de premier plan du régime, notamment le ministre de la Défense, le général Sadio Camara, tué à sa résidence et le patron des renseignements, le général Modibo Koné, blessé, mettant à rude épreuve la chaîne de commandement. Dans le même temps, des informations font état de manœuvres des alliés russes cherchant à préserver leurs intérêts dans un contexte de grande confusion.
Face à une telle situation, l’on pouvait légitimement s’attendre à une mobilisation coordonnée des autres États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), afin d’activer la force unifiée censée être basée à Niamey, au Niger, et de répondre avec vigueur à cette offensive attribuée à des groupes armés opérant dans la région. Il n’en fut rien.
La réalité a ainsi rattrapé le discours. Ce qui était présenté comme une force opérationnelle intégrée apparaît, à l’épreuve des faits, comme une structure largement symbolique. Certes, un siège existe dans la capitale nigérienne, un état-major a été institué et un commandement désigné. Mais sur le plan opérationnel, cette force unifiée semble, pour l’heure, relever davantage de l’affichage et de la propagande.
Elle s’inscrit, dès lors, dans une logique de gouvernance par le récit, où la construction d’un narratif mobilisateur tient lieu d’action concrète. De Ouagadougou à Bamako en passant par Niamey, l’on a pu croire qu’il était possible de gouverner durablement en façonnant les perceptions et en désignant des adversaires extérieurs comme explication principale des difficultés internes. Une telle stratégie peut produire des effets à court terme, mais elle finit inévitablement par se heurter à l’épreuve des faits.
Comme le dit la célèbre citation:
« On peut tromper une partie du peuple tout le temps, et tout le peuple une partie du temps ; mais on ne peut tromper tout le peuple tout le temps. »
Le général Moussa Diallo a lancé un avertissement aux ennemis de l’espace AES. Les circonstances actuelles constituent précisément un test grandeur nature. À défaut d’une activation effective de cette force unifiée, qui demeure à ce stade une construction théorique, il lui appartient, ainsi qu’aux autorités concernées, de traduire les engagements en actes concrets en envoyant des forces combattantes au sol et des moyens aériens pour aider le gouvernement malien.
La solidarité entre États ne saurait se limiter à des déclarations d’intention. Elle doit s’exprimer par des actions tangibles, notamment en apportant un appui opérationnel au Mali, confronté à une épreuve d’une particulière gravité.
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