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Le Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso a annoncé ce 5 mai 2026 l’interdiction de diffusion des programmes de TV5 Monde sur le territoire burkinabè, avec effet immédiat. Le motif invoqué : des manquements graves dans le traitement de l’actualité sécuritaire, notamment la couverture des attaques au Mali et de la lutte antiterroriste dans la sous-région. TV5 Monde était déjà sous surveillance au Burkina Faso depuis deux suspensions temporaires prononcées en avril et juin 2024.
Cette décision n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une tendance documentée depuis 2022 : les pays de l’Alliance des États du Sahel, Mali, Burkina Faso et Niger, ont progressivement réduit ou supprimé l’accès aux médias internationaux jugés hostiles à leurs régimes. RFI et France 24 ont été suspendus au Mali en mars 2022, puis au Burkina Faso en décembre 2022 et au Niger en août 2023. BBC et VOA ont subi des restrictions similaires dans certains pays de la zone. TV5 Monde, qui avait résisté plus longtemps que ses concurrents, rejoint désormais la liste des médias internationaux bannis du territoire burkinabè.
La justification officielle mérite un examen. Accuser TV5 Monde de manquements dans le traitement de l’actualité sécuritaire, c’est reprocher à une chaîne internationale d’avoir appliqué ses standards journalistiques habituels à une situation sécuritaire que les juntes sahéliennes veulent contrôler dans sa narration. Les attaques du 25 avril au Mali ont été couvertes par l’ensemble des médias internationaux de manière exhaustive et documentée. Cette couverture, qui montrait la gravité des événements et la fragilité des régimes militaires, est précisément ce que Ouagadougou ne veut pas que ses populations voient.
Ce que cette suspension dit sur la situation de la liberté de la presse en Afrique sahélienne est grave. En quelques années, les juntes du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont construit autour d’elles un écosystème médiatique contrôlé où les seules voix autorisées à couvrir les conflits sont celles qui valident leur narration. Les médias russes et leurs relais africains prospèrent dans cet espace libéré. Les médias indépendants en sont progressivement chassés.
Le cas du Burkina Faso est particulièrement préoccupant. Reporters sans frontières classait le pays à la 46ème place de son indice de liberté de la presse en 2021. Depuis le coup d’État d’octobre 2022 et l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré, le pays a chuté à des niveaux historiquement bas. TV5 Monde était l’un des derniers grands médias internationaux encore accessibles librement sur le territoire burkinabè. Il ne l’est plus.
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