La Rédaction | lementor.net
Ils avaient un slogan. Diomaye mooy Sonko. Diomaye, c’est Sonko. Une formule qui avait résumé en trois mots une fusion politique exceptionnelle : deux hommes, une vision, un bloc. Quatorze mois après leur arrivée au pouvoir en mars 2024, ce slogan appartient à la mémoire. Ce qui lui a succédé, c’est un duel au sommet de l’État sénégalais qui n’est plus ni discret ni nié. Il est public, documenté, et potentiellement déstabilisateur.
Les faits sont désormais nombreux et concordants. En novembre 2025, le président Bassirou Diomaye Faye écartait Aïda Mbodj, coordinatrice de la coalition présidentielle et alliée de Sonko, pour la remplacer par Aminata Touré, ancienne Première ministre sous Macky Sall. La décision avait provoqué l’absence d’Ousmane Sonko à plusieurs conseils des ministres. En mars 2026, Sonko menaçait publiquement de retirer le Pastef du gouvernement si le président s’écartait de leur vision commune. Le 30 avril 2026, Faye limogait Ousseynou Ly, porte-parole de la présidence et militant de la première heure du Pastef, connu pour sa proximité avec Sonko, pour le remplacer par Abdoulaye Tine, coordinateur de la coalition Diomaye Président, structure présidentielle autonome extérieure au Pastef. Et lors d’une interview accordée début mai aux chaînes Walf TV, RFM et RTS, Faye posait les termes avec une froideur institutionnelle sans équivoque : Ousmane Sonko reste en poste tant qu’il a ma confiance.
Cette phrase dit tout sur la reconfiguration du rapport de force. En mars 2024, Faye était l’homme de Sonko. En mai 2026, il est le président. Et il le dit.
La riposte de l’entourage de Sonko ne s’est pas fait attendre. Le 8 mai 2026, lors de la séance plénière de l’Assemblée nationale, le député Pastef Abdourahmane Diouf lançait un avertissement frontal : si vous licenciez Ousmane Sonko, nous déposerons des motions de censure contre chaque Premier ministre que vous nommerez. La menace est constitutionnellement crédible. Sonko contrôle la majorité à l’Assemblée. Une destitution sans accord avec le Pastef déboucherait sur une paralysie gouvernementale dont personne au Sénégal ne sortirait gagnant.
Ce bras de fer cache une question de fond que les deux hommes connaissent mieux que quiconque. Sonko a été condamné pour diffamation, condamnation confirmée en appel, ce qui l’exclut de la présidentielle de 2029 pour cinq ans, sauf renversement judiciaire ou réforme constitutionnelle. Faye, lui, peut se projeter vers 2029 sans obstacle juridique. Cette asymétrie de destin politique transforme leur relation. L’un a tout à perdre d’un affaiblissement. L’autre a tout à gagner de son indépendance affirmée. La tension entre eux n’est pas un accident de parcours. Elle est la conséquence logique d’une configuration dans laquelle les intérêts des deux hommes ont cessé de coïncider.
Pour le Sénégal, le pays dont la démocratie a longtemps été une référence ouest-africaine, ce spectacle au sommet de l’exécutif est une blessure. Les millions de Sénégalais qui avaient voté pour la rupture en 2024 attendaient autre chose que des règlements de comptes entre deux hommes qui promettaient de sécher leurs larmes. La cherté de la vie n’a pas reculé. Le chômage des jeunes reste épineux. Et pendant que la primature et le palais se livrent une guerre de tranchées, les défis réels du pays attendent.
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