La Rédaction | Lementor.net
Deux jours après son limogeage de la primature, Ousmane Sonko a rejoint le groupe parlementaire de Pastef à l’Assemblée nationale du Sénégal. L’homme qui dirigeait le gouvernement de la septième République sénégalaise avec la stature d’un chef d’État en puissance reprend son siège de député parmi les 130 représentants de son parti. Une descente en grade spectaculaire en apparence. Peut-être pas en réalité.
Pour comprendre ce que signifie ce retour à l’Assemblée, il faut comprendre ce qu’est l’Assemblée nationale sénégalaise en ce moment précis. Pastef y détient une majorité confortable. La chambre peut faire tomber un gouvernement, bloquer un budget, amender une loi, soumettre un Premier ministre aux questions d’actualité. Avec Ousmane Sonko dans les rangs de son groupe parlementaire, le rapport de force entre la présidence et le parlement devient d’une complexité inédite dans l’histoire politique récente du Sénégal. Diomaye Faye n’a pas encore nommé de Premier ministre. Quand il le fera, cet homme ou cette femme devra se présenter devant une Assemblée où siège l’homme qui vient d’être renvoyé. Ce n’est pas anodin.
Sonko à l’Assemblée, c’est Sonko libéré de la contrainte gouvernementale. Plus de conseil des ministres à gérer, plus de partenaires internationaux à ménager, plus de contraintes protocolaires d’un exécutif. Il peut parler librement. Il peut interpeller. Il peut déposer des motions. Il peut mobiliser sa base militante depuis une tribune légale et institutionnelle qui lui donne une visibilité nationale sans lui imposer la responsabilité du pouvoir. Pour un homme dont toute la carrière politique a été construite dans l’opposition et la rupture, l’Assemblée est un terrain qu’il connaît mieux que n’importe quelle primature.
Aucun nouveau Premier ministre n’avait été nommé ce dimanche matin. Ce silence présidentiel qui se prolonge dit quelque chose. Soit Diomaye Faye prend le temps de choisir avec soin, pour éviter une nouvelle cohabitation conflictuelle. Soit il évalue la réaction de Sonko et de Pastef avant de décider s’il peut nommer un Premier ministre sans base partisane forte, ce qui implique de composer avec un groupe parlementaire potentiellement moins discipliné qu’avant le limogeage. Ces deux hypothèses ne s’excluent pas.
Ce qui est sûr, c’est que le retour de Sonko à l’Assemblée n’est pas une retraite. C’est un repositionnement. Et dans le lexique politique de cet homme, repositionnement a toujours précédé contre-attaque.
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