La rédaction | Lementor.net
Il y a quelque chose de profondément inconfortable dans l’image d’un Mondial de football qui se déroule sans les supporters des équipes qui y participent. Pas par désintérêt. Pas par manque de passion. Mais parce que la politique migratoire d’un pays hôte a rendu le voyage impossible. C’est précisément ce qui s’est passé pour des milliers de supporters ivoiriens et sénégalais qui rêvaient d’accompagner leurs équipes aux États-Unis pour la Coupe du monde 2026.
Les faits ont été confirmés par des représentants officiels des deux pays à l’Agence France-Presse. La Côte d’Ivoire et le Sénégal joueront leur Mondial sans délégations organisées de supporters venues du pays. Face à l’impossibilité d’obtenir des visas américains dans des délais et des conditions raisonnables, les candidats au voyage ont massivement renoncé. Le Comité national de soutien aux Éléphants, qui avait espéré organiser le déplacement de cinq cents fans vers les États-Unis, n’a finalement obtenu de visas que pour une petite dizaine d’officiels. Et même pour cette délégation restreinte, l’obtention des documents d’entrée a nécessité des négociations prolongées. Côté sénégalais, la situation est identique.
Ces faits doivent être exposés tels qu’ils sont, sans exagération ni dramatisation. La politique de visa américaine, considérablement durcie depuis le début du second mandat de Donald Trump en janvier 2025, s’applique de manière non discriminatoire à un grand nombre de nationalités africaines et de pays en développement. Elle n’a pas été conçue spécifiquement pour empêcher les supporters ivoiriens ou sénégalais d’assister à la Coupe du monde. Elle est la conséquence d’une politique migratoire générale dont les critères de refus et d’approbation sont opaques, variables et soumis à des évaluations individuelles qui peuvent conduire à des rejections massives dans certaines nationalités sans explication officielle précise.
C’est néanmoins un incident fâcheux, pour reprendre les termes les plus justes, parce qu’il crée une situation dans laquelle un événement présenté par la FIFA comme une célébration universelle du football devient, dans les faits, une fête à laquelle tout le monde n’est pas convié. Le football est universel. Les conditions d’accès à un Mondial organisé sur le sol américain, elles, ne le sont pas. Un supporter anglais, allemand ou brésilien n’a pas les mêmes difficultés qu’un supporter ivoirien ou sénégalais pour obtenir un visa américain. Cette asymétrie n’est pas nouvelle, mais elle devient particulièrement visible dans le contexte d’un événement sportif mondial.
L’affaire de l’arbitre somalien Omar Artan, refoulé des États-Unis malgré un visa en règle sur la base d’accusations de liens terroristes jamais documentées publiquement, et le cas de Thomas Partey, refoulé du Canada en raison de poursuites judiciaires en cours au Royaume-Uni, s’inscrivent dans la même série d’incidents liés aux politiques migratoires des pays hôtes. Trois cas différents dans leurs causes, mais qui forment ensemble un tableau d’ensemble sur les tensions entre l’universalité proclamée d’un événement sportif mondial et les réalités des contrôles aux frontières des États qui l’accueillent.
La FIFA a rappelé, dans chacun de ces cas, que les questions relatives à l’octroi des visas relèvent exclusivement de la souveraineté des États hôtes et ne dépendent pas de son autorité. C’est juridiquement exact. Mais cette réponse laisse entière une question que l’organisation mondiale du football devra se poser lors de l’attribution des prochaines éditions : comment garantir que la promesse d’universalité du football se traduit dans des conditions d’accès réellement équitables pour tous les participants, joueurs, officiels et supporters confondus, indépendamment de la politique migratoire du pays hôte ?
Pour l’heure, les Éléphants joueront demain contre l’Équateur devant des tribunes où la voix ivoirienne sera portée par la diaspora établie aux États-Unis, estimée à plus d’un millier de personnes selon le CNSE. Ce n’est pas rien. Mais ce n’est pas non plus les cinq cents supporters que le comité avait espéré organiser, avec leurs drapeaux, leurs djembés et cette énergie particulière que seul le public venu de chez soi peut apporter dans un stade.
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