Par La Rédaction | Lementor.net
Le calendrier constitutionnel sénégalais est implacable. Ahmadou Al Aminou Lo a été nommé Premier ministre le 25 mai 2026. La Constitution lui accorde trois mois pour se présenter devant l’Assemblée nationale et obtenir la confiance des députés. L’échéance est donc fixée au 25 août 2026. Soixante-trois jours. Et dans cette Assemblée nationale que PASTEF contrôle à 130 sièges sur 165, chaque jour qui passe sans que le vote ne soit organisé est un jour de plus dans une incertitude institutionnelle qui pèse sur la capacité du gouvernement à gouverner vraiment.
La situation est d’une simplicité arithmétique trompeuse. Al Aminou Lo a besoin d’une majorité simple pour obtenir la confiance. S’il ne l’obtient pas, il doit démissionner. Si PASTEF vote contre, le gouvernement tombe. Si PASTEF s’abstient en bloc, le calcul dépend du nombre de députés présents et des voix de l’opposition non-PASTEF et des quelques indépendants. Et si certains des cinq ministres issus de PASTEF qui ont rejoint le gouvernement en défiant le mot d’ordre du COMEX tentent d’entraîner avec eux d’autres députés du parti, la fracture interne de PASTEF deviendrait visible et mesurable en temps réel dans les urnes de l’Assemblée.
Ce que le Mondial 2026 a offert à Al Aminou Lo, c’est du temps. Du temps politique précieux pendant lequel l’attention de l’opinion publique sénégalaise était ailleurs, pendant lequel Diomaye était à New Jersey dans les tribunes du MetLife Stadium, pendant lequel Sonko gérait son propre agenda de président du parti et de président de l’Assemblée sans avoir besoin de forcer un affrontement institutionnel. Cette trêve footballistique a été un cadeau que le Premier ministre n’avait pas demandé mais qu’il a reçu avec une gratitude silencieuse.
Mais la trêve a une fin. Le dernier match africain du Mondial sera joué au plus tard le 19 juillet. Les huitièmes de finale, si des équipes africaines y participent, se joueront fin juin et début juillet. Et à partir de mi-juillet, la politique reprendra ses droits avec la brutalité de ce qui a été suspendu. Al Aminou Lo devra se présenter devant l’Assemblée avant le 25 août. Sonko devra décider si PASTEF vote contre, s’abstient ou laisse ses députés voter librement. Et Diomaye devra assumer les conséquences de son pari : avoir formé un gouvernement sans son propre parti, dans l’espoir que la pression des circonstances finisse par ramener PASTEF à la table.
Ce pari est risqué. Il suppose que PASTEF, face à l’alternative entre voter contre le gouvernement et provoquer une crise institutionnelle majeure d’un côté, et laisser passer un gouvernement avec lequel il est en désaccord de l’autre, choisira la deuxième option. Cette hypothèse repose sur la conviction que Sonko, malgré ses déclarations fracassantes sur les deux camps, garde en tête l’intérêt électoral de 2029 et sait qu’un parti qui fait tomber le gouvernement de son propre président perd une partie de sa crédibilité auprès des électeurs ordinaires qui ne comprennent pas les subtilités de la cohabitation institutionnelle.
Ce calcul peut être juste. Il peut aussi être faux. Et si Al Aminou Lo perd sa motion de confiance avant le 25 août, la Côte d’Ivoire aura un problème, le FMI sera inquiet, les marchés financiers seront nerveux, et Diomaye devra former un troisième gouvernement en moins d’un an.
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