Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a des budgets qui disent la prudence. Il y a des budgets qui disent l’ambition. Le budget de l’État de Côte d’Ivoire pour l’exercice 2026, adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale en novembre 2025, appartient résolument à la seconde catégorie. Avec un volume total de 17 350,2 milliards de FCFA, soit une hausse de 13,1 % par rapport à l’exercice précédent, ce texte financier est le plus ambitieux de l’histoire budgétaire ivoirienne. Il est aussi le premier à s’inscrire explicitement dans la logique du Plan National de Développement 2026-2030, dont il constitue la première traduction opérationnelle annuelle.
Le ministre des Finances et du Budget Adama Coulibaly l’a formulé sans ambiguïté lors de la présentation à l’Assemblée : le budget est en hausse parce que l’ambition est forte. Les défis sont importants, notamment en matière de développement du capital humain. À cela s’ajoutent les enjeux liés à l’énergie, à l’agriculture et l’ensemble des actions destinées à lutter contre la pauvreté. Cette formulation, sobre dans son énoncé, dit l’essentiel de la philosophie budgétaire du gouvernement : investir massivement dans les fondations du développement plutôt que de gérer l’existant dans la continuité.
Les quatre axes du budget dessinent un État qui a décidé de miser sur le long terme. Le premier axe est le développement du capital humain, c’est-à-dire l’éducation, la santé, la formation professionnelle et la protection sociale. Dans un pays où plus de 70 % de la population a moins de 35 ans, investir dans le capital humain n’est pas un choix idéologique. C’est une nécessité arithmétique. Chaque jeune Ivoirien qui n’est pas correctement éduqué, formé et en bonne santé est un futur travailleur moins productif, un futur contribuable moins efficace, un futur citoyen moins capable de participer à la construction collective. L’investissement dans le capital humain est l’investissement le plus rentable qu’un État puisse faire, avec les retours les plus longs mais les plus durables.
Le deuxième axe est le renforcement du secteur énergétique. La Côte d’Ivoire est exportatrice nette d’électricité vers plusieurs pays voisins. Mais sa croissance économique, si elle continue au rythme de 6 à 7 % annuels, créera des besoins énergétiques que l’infrastructure actuelle ne pourra pas satisfaire sans investissements massifs. La montée en puissance du champ pétrolier Baleine, avec la décision finale d’investissement de la phase 3 signée le 25 mai 2026 pour un engagement de 4 milliards de dollars, viendra renforcer les capacités énergétiques du pays. Mais l’électricité reste le nerf de guerre de l’industrialisation, et chaque entreprise qui s’installe en Côte d’Ivoire ou qui envisage de le faire pose la même question en premier : est-ce que l’alimentation électrique est fiable, suffisante et à un prix compétitif ?
Le troisième axe est la consolidation du potentiel agricole. Dans un pays dont l’économie reste largement dépendante du cacao, du cajou, du caoutchouc et du palmier à huile, l’agriculture n’est pas un secteur en déclin qu’on accompagne doucement vers l’obsolescence. C’est le cœur battant de l’économie réelle, celui qui fait vivre des millions de familles rurales et qui génère l’essentiel des recettes d’exportation. La transformation locale de ces matières premières, enjeu central du PND 2026-2030, ne peut se faire sans une agriculture de base solide, productive et résiliente aux aléas climatiques.
Le quatrième axe, la lutte contre la pauvreté, est le plus politique et le plus difficile à mesurer. La Côte d’Ivoire a réduit significativement son taux de pauvreté au cours des quinze dernières années, grâce à une croissance soutenue. Mais cette croissance a profité inégalement aux différentes couches de la population et aux différentes régions du pays. La concentration de l’activité économique à Abidjan, qui représente près de 80 % du PIB national, laisse des régions entières en marge du miracle économique. La lutte contre la pauvreté dans ce contexte suppose une politique de redistribution active et une déconcentration délibérée des investissements vers les régions.
L’annexe fiscale 2026 adoptée simultanément comporte des mesures destinées à améliorer l’efficacité du système fiscal, mobiliser davantage de ressources intérieures, stimuler l’investissement et renforcer la compétitivité des entreprises. Cette mobilisation fiscale interne est cruciale dans un contexte où la dette publique représente près de 60 % du PIB et où la marge de manœuvre pour de nouveaux emprunts est limitée. Un État qui augmente ses recettes fiscales sans alourdir la pression sur les opérateurs économiques, en élargissant l’assiette plutôt qu’en augmentant les taux, est un État qui construit sa souveraineté budgétaire sur des bases saines.
Leave a comment