Par La Rédaction | Lementor.net
Le ministre de l’Environnement et de la Transition Écologique a sonné la charge. Lors d’une visite d’imprégnation à l’Agence Nationale de l’Environnement le 19 mars 2026, Abou Bamba a prononcé des mots que le dossier Koumassi Campement a rendus depuis lors prophétiques. Aucun projet susceptible d’impacter négativement l’environnement ou les populations ivoiriennes ne sera désormais exécuté sans une évaluation environnementale et sociale rigoureuse. Et plus directement encore : le principe du pollueur-payeur va être appliqué à ceux qui polluent. Ceux qui ont remblayé illégalement vont déblayer. Ils vont remettre l’environnement dans l’état dans lequel il était avant.
Cette déclaration, prononcée en mars, résonne très différemment en juin après la révélation que l’affaire Koumassi Campement est en partie fondée sur un arrêté de remblayage de la lagune Ébrié signé en 2021 en violation du décret présidentiel de 2019 qui interdisait précisément ce type d’opération. Le ministre de l’Environnement a dit que ceux qui ont remblayé illégalement devront déblayer. Le parquet enquête sur un remblayage autorisé par un arrêté ministériel contraire à un décret présidentiel. Ces deux réalités se regardent en face.
La lagune Ébrié est l’un des espaces naturels les plus précieux et les plus menacés de l’Afrique de l’Ouest. Avec ses 535 kilomètres carrés, elle est le deuxième lagon lagunaire d’Afrique après celui de Côte d’Ivoire elle-même, et constitue l’écosystème au cœur duquel Abidjan a été construite. Elle remplit des fonctions écologiques vitales : régulation des crues, biodiversité halieutique, épuration naturelle des eaux, modération du microclimat urbain. Et depuis des décennies, elle est systématiquement grignotée par des remblais qui transforment ses rives en terrains à bâtir pour des projets immobiliers dont la seule justification est la rentabilité à court terme de leurs promoteurs.
Le décret de 2019 signé par le président Ouattara était une tentative de mettre fin à cette hémorragie foncière et écologique. En interdisant le remblayage privé et en imposant une enquête publique préalable, il cherchait à remettre de l’ordre dans un espace que des décennies de laisser-faire avaient livré à toutes les convoitises. L’affaire Koumassi a révélé que ce décret pouvait être contourné par un arrêté ministériel. La déclaration de Bamba dit que ce contournement ne sera plus toléré.
Ce qui manque encore, c’est la traduction concrète de cette fermeté déclarative en mécanisme de contrôle opérationnel. L’ANDE, guichet unique des évaluations environnementales et sociales, doit être dotée des moyens humains, techniques et financiers pour exercer réellement sa mission de contrôle des projets avant leur réalisation, et pas seulement après que les bulldozers ont fait leur travail. La lagune Ébrié et les zones humides d’Abidjan ont besoin d’une protection institutionnelle qui ne dépende pas uniquement de la vigilance d’un ministre mais qui soit inscrite dans des procédures automatiques, des contrôles systématiques et des sanctions immédiates.
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