Par La rédaction | Lementor.net
À partir du 1er juillet 2026, la Côte d’Ivoire entre dans sa campagne annuelle de repos biologique dans les secteurs de la pêche maritime, lagunaire et continentale. Le ministre des Ressources animales et halieutiques, Sidi Tiémoko Touré, en a fait l’annonce officielle en insistant sur le caractère stratégique d’une mesure qui n’est pas une contrainte imposée aux pêcheurs mais une condition de leur propre survie économique à moyen terme.
Le principe du repos biologique est simple dans sa logique et exigeant dans son application. Suspendre temporairement la pêche dans certaines zones et pour certains types d’engins, c’est donner aux espèces halieutiques le temps de se reproduire, aux stocks de se renouveler et aux écosystèmes aquatiques de retrouver l’équilibre que la pression de pêche intensive finit toujours par rompre. Un poisson qui n’est pas capturé aujourd’hui peut devenir dix poissons dans six mois. Un banc de poissons préservé pendant la période de reproduction est un banc qui alimentera les captures des prochaines saisons. C’est de l’intérêt bien compris des pêcheurs eux-mêmes, même si la logique immédiate du manque à gagner peut rendre cette conviction difficile à partager avec un pêcheur artisanal qui vit de ses captures journalières.
Les résultats des années précédentes donnent raison à la démarche. Depuis la mise en œuvre systématique du repos biologique à partir de 2023, les captures nationales ont progressé d’environ 20 % entre 2022 et 2025. Ce chiffre, cité par le ministre, est le meilleur argument possible en faveur d’une politique qui impose des sacrifices à court terme pour produire des gains durables. Vingt pour cent de captures supplémentaires sur trois ans, c’est vingt pour cent de revenus supplémentaires pour les pêcheurs, vingt pour cent de protéines animales supplémentaires pour les populations ivoiriennes, et vingt pour cent de pression de moins sur les importations de poissons qui pèsent encore plus de 500 milliards de FCFA dans la facture des importations alimentaires annuelles du pays.
Pour l’édition 2026, le dispositif est différencié selon les zones et les types de pêche, ce qui témoigne d’une réflexion sur les réalités concrètes de chaque secteur plutôt que d’une application uniforme déconnectée du terrain. En mer, la pêche industrielle chalutière et la pêche des petits pélagiques seront interdites du 1er juillet au 31 août, soit deux mois pendant lesquels les chalutiers industriels devront rester à quai. La pêche artisanale sera suspendue uniquement durant le mois de juillet, reconnaissant que les pêcheurs artisanaux ont des capacités d’absorption d’un arrêt prolongé bien inférieures à celles des opérateurs industriels. La pêche semi-industrielle restera autorisée uniquement pour le thon et les espèces assimilées, dont les cycles biologiques et les zones de capture diffèrent suffisamment pour justifier un traitement distinct.
Dans les lagunes et plans d’eau intérieurs, certains engins de pêche seront interdits sur la période de juillet à août. Le filet Aly, dont l’impact sur les écosystèmes lagunaires est particulièrement documenté, sera prohibé jusqu’en octobre. Des mesures similaires s’appliqueront dans plusieurs lacs et cours d’eau du pays entre septembre et octobre. Cette extension géographique et temporelle du repos biologique aux eaux intérieures est significative. La lagune Ébrié, les fleuves Sassandra, Bandama et Comoé, et les nombreux plans d’eau du pays sont des ressources halieutiques d’une importance économique et alimentaire considérable pour les populations riveraines, souvent parmi les plus pauvres et les plus dépendantes de la pêche artisanale pour leur alimentation quotidienne.
Le ministre a annoncé le déploiement de contrôles sur l’ensemble du territoire pour garantir l’application stricte des restrictions. Ce volet répressif est indispensable à l’efficacité du dispositif. Un repos biologique respecté par les opérateurs légaux mais contourné par les pêcheurs clandestins ou les engins non déclarés ne produit qu’une partie de ses effets biologiques et crée une inégalité de traitement injuste entre ceux qui jouent le jeu et ceux qui en profitent sans en supporter les contraintes.
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