Par La rédaction | Lementor.net
Il y a des messages qui arrivent au bon moment. Celui qu’Adjé Silas Metch, ministre des Sports, a adressé aux Éléphants avant ce seizième de finale contre la Norvège est de ceux-là. Sa teneur est simple, directe, presque brutale dans son évidence : tirez. Tirez sur la pelouse. Tirez avec force et détermination. Tirez sans chercher à dribbler tout le monde. Tirez parce que vous n’êtes pas seuls. Vingt-sept millions d’Ivoiriens tirent avec vous depuis Abidjan, depuis Yamoussoukro, depuis Bouaké, depuis chaque ville et chaque village de ce pays qui vous regarde et vous attend.
Aujourd’hui mardi 30 juin à 19 heures GMT, au AT&T Stadium de Dallas, les Éléphants affrontent la Norvège en seizième de finale. Ce match n’est pas comme les autres. Les seizièmes de finale d’une Coupe du monde, c’est le format le plus impitoyable du football. On gagne, on continue. On perd, on rentre. Pas de deuxième chance. Pas de consolante. Pas de demain pour se rattraper. Une seule et unique soirée pour écrire la suite d’une histoire qui a déjà connu ses moments de gloire dans ce tournoi.
La Norvège mérite le respect. Elle a terminé deuxième du groupe I avec six points, derrière la France sur différence de buts, après avoir battu l’Irak quatre buts à un lors de la première journée et le Sénégal trois buts à deux lors de la deuxième journée. Elle a ensuite perdu contre la France quatre buts à un lors de la dernière journée, ce qui dit qu’elle n’est pas invincible. Haaland a inscrit ses buts tout au long de ce tournoi avec la régularité d’un finisseur de classe mondiale. Ødegaard a organisé, distribué, décidé depuis le milieu. C’est une équipe collective, bien structurée, physiquement imposante, et qui arrive à Dallas avec la confiance d’une équipe qui a su se qualifier malgré une défaite lors de la dernière journée. Ce n’est pas rien.
Mais voilà ce que le message de Silas Metch dit en réalité, derrière ses mots simples. Face à une équipe de ce calibre, face à Haaland et à Ødegaard, face à une défense nordique qui gagne ses duels aériens et ses confrontations physiques, la réponse ivoirienne ne peut pas être la possession stérile, le jeu en retrait et l’attente que l’adversaire se fatigue. Ce serait jouer le jeu de la Norvège. Ce serait aller exactement là où elle est la plus forte.
La réponse ivoirienne doit être le tir. Le tir tôt. Le tir souvent. Le tir de partout où la situation le permet, même sans avoir créé la situation parfaite, même sans avoir effacé tous les défenseurs, même sans la certitude absolue que le ballon entrera. Parce que dans le football à haut niveau, les gardiens font des erreurs. Les ballons dévient. Les défenseurs se gênent. Et une frappe puissante, décidée, qui oblige le gardien Ørjan Nyland à se coucher ou à dévier en corner, change la psychologie d’un match même si elle ne finit pas au fond des filets.
Yan Diomandé qui hésite dans la surface contre l’Allemagne. Kessié qui s’y prend mal. Adingra qui attend une fraction de seconde de trop. Ces moments de la défaite de Toronto sont les contre-exemples parfaits de ce que le message de Silas Metch veut corriger. Demain à Dallas, quand Amad Diallo reçoit le ballon à vingt mètres du but avec un défenseur en approche, la décision doit être prise en une demi-seconde : je frappe. Quand Nicolas Pépé se retrouve dans la surface avec un angle serré, la réponse doit être instinctive : je frappe. Quand Yan Diomandé décale dans la surface sur un centre, la certitude doit être totale : je frappe.
Ce match sera un match de haute tension de la première à la dernière minute. La Norvège n’accordera rien gratuitement. Haaland cherchera le dos de la défense dès la mise en jeu. Ødegaard construira patiemment jusqu’à trouver le millimètre de décalage qui fait la différence. Et les Éléphants devront maintenir une concentration absolue, sans relâchement, sans le moment de déconcentration fatal qui peut survenir à n’importe quel moment d’un match de cette intensité. Pas de regard vers les tribunes. Pas de pensée pour les maquis d’Abidjan. Pas d’anticipation sur les huitièmes. Uniquement le ballon, l’adversaire, le but et la détermination de gagner chaque duel, chaque course, chaque position.
La concentration ne doit pas fléchir à la 15e minute parce que le score est encore nul et que le match semble se contrôler. Elle ne doit pas fléchir à la 60e minute si les Éléphants mènent au score et que la tentation de gérer s’installe. Et elle ne doit surtout pas fléchir si la Norvège ouvre le score, parce que c’est précisément dans ces moments-là qu’une équipe révèle si elle a le caractère des grands. Les Éléphants ont déjà montré ce caractère dans ce tournoi. Ils ont su rester compacts contre l’Equateur avant d’exploiter la faille dans les dernières secondes. Ils ont su livrer une belle prestation face à l’Allemagne malgré la défaite. Ils ont su gérer Curaçao avec sérieux sans relâchement. Chaque match a apporté son enseignement. Demain, tous ces enseignements devront se traduire sur quatre-vingt-dix minutes d’un seul tenant.
Emerse Faé a préparé ce match avec la rigueur qui le caractérise. Son groupe est sain. Sa formation est rodée. Sa confiance dans ses joueurs est réelle et documentée par les résultats. Il sait ce qu’il doit faire. Et ses joueurs savent ce qu’ils doivent faire.
Il reste un seul message à leur envoyer depuis Abidjan. Celui du ministre, celui du peuple, celui de vingt-sept millions d’Ivoiriens qui retiennent leur souffle depuis ce 14 juin où Amad Diallo avait fait basculer tout un pays dans l’euphorie.
Tirez. Tirez fort. Tirez souvent. Tirez avec toute la force de ceux qui savent qu’ils ne sont pas seuls.
Allez les Éléphants.
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